Débat d’orientation budgétaire : Le gouvernement face au procès de l’inertie et de la dette

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L’hémicycle de la Chambre basse du Parlement a servi de cadre, au cours de cette session ordinaire de juin, à une joute verbale musclée entre la Représentation nationale et le ministre des Finances, Louis Paul Motaze. Entre la colère des députés face aux milliards gelés et la rhétorique gouvernementale sur les crises mondiales, le dialogue de sourds persiste.

L’exercice est constitutionnel, mais l’ambiance, elle, était électrique. Le Débat d’orientation budgétaire (DOB), moment crucial de programmation économique, s’est transformé en un véritable grand oral pour le gouvernement, accusé par les députés de piloter l’économie nationale à vue et d’entretenir une forme d’inertie chronique.

Le réquisitoire du PCRN : « Les mêmes promesses » C’est le député Cabral Libii, leader du Parti Camerounais pour la réconciliation nationale (Pcrn), qui a porté l’estocade la plus vive depuis la tribune. Pour le parlementaire, le Document de programmation économique et budgétaire se suit et se ressemble, année après année, sans réelle autocritique. « D’année en année, nous retrouvons (…) les mêmes contraintes, les mêmes hypothèses et les mêmes justifications. Et le plus saisissant encore, les mêmes promesses », a-t-il fustigé, appelant plutôt à « évaluer honnêtement ce qui n’a pas fonctionné ».

Pour appuyer son accusation de mauvaise gouvernance, l’honorable Cabral Libii a brandi un chiffre choc : au 31 mars 2026, le Cameroun comptabilisait plus de 5 044 milliards de francs CFA de soldes engagés mais non décaissés (Send). « Ce sont des milliers de milliards déjà mobilisés par l’emprunt, mais qui ne produisent ni école, ni route, ni hôpital, ni emploi, ni croissance », s’est-il indigné, rappelant que certains de ces financements dorment dans les caisses depuis plusieurs années.

La ligne de défense de Louis Paul Motaze : Le bouclier des crises exogènes

Face à ce réquisitoire, le ministre des Finances (Minfi), Louis Paul Motaze, a rejeté en bloc l’idée d’une passivité gouvernementale. Pour lui, le surplace économique est le produit direct d’une décennie de secousses internationales majeures que l’exécutif subit de plein fouet. « Les contraintes exogènes ne sont pas la création du gouvernement », a répliqué le Minfi, dressant la longue liste des chocs subis par le pays depuis plus de dix ans : la double crise de 2014-2015 (chute des cours du brut et menace sécuritaire de Boko Haram dans la zone Cemac) qui a frôlé de provoquer une dévaluation du FCFA, la pandémie de Covid-19 en 2020, la guerre russo-ukrainienne, et désormais le conflit au Moyen-Orient. « Il est donc facile de comprendre que depuis un certain temps, l’État vote et exécute son budget dans un climat extrêmement contraint », a argué le ministre.

Le piège de l’endettement : Emprunter pour rembourser ?

Le débat s’est ensuite cristallisé sur la viabilité de la dette publique. Si l’opposition ne conteste pas le principe de l’emprunt, c’est l’usage des fonds et leur coût qui font polémique. Cabral Libii a révélé que sur les 1950 milliards de francs CFA d’emprunts prévus par le gouvernement pour 2027, plus de 1605 milliards soit plus de 4 francs sur 5 serviront uniquement à refinancer la dette existante. Une spirale qui étouffe l’investissement direct. Le député a également dénoncé des taux d’intérêt internationaux supérieurs à 10% pour le Cameroun, quand d’autres nations africaines comparables négocient autour de 5%.

Sur ce point technique, Louis Paul Motaze s’est voulu pragmatique, défendant une « gestion active » à travers le mécanisme de refinancement, standard selon lui dans toutes les économies. Quant aux taux élevés, le Minfi a invoqué la dure loi des marchés financiers et des notations souveraines : « Nous payons plus cher que certains autres, mais nous payons bien moins cher que beaucoup d’autres. (…) Il y a un certain nombre de risques, et à partir de vos risques, il y a des investisseurs qui vous donnent ».

Allocations familiales : Assainissement ou « saupoudrage » ?

Le dernier round de ce face-à-face concernait la gestion de la fonction publique, secouée par le scandale des fraudes aux allocations familiales. L’honorable Jean Michel Nitcheu, député du Front pour le changement au Cameroun (Fcc), a ouvertement qualifié de « saupoudrage » la récente campagne d’assainissement du Minfi visant les agents publics ayant déclaré des enfants fictifs, estimant que cela masquait des détournements de fonds publics bien plus colossaux. La réponse du gardien des finances publiques a été cinglante. Rappelant que la masse salariale mensuelle de l’État culmine désormais à 130 milliards de francs CFA, Louis Paul Motaze a revendiqué son rôle de protecteur du Trésor : « Qu’est-ce qu’on doit faire ? On doit dire : « OK, continuez de détourner, continuez d’aligner 60 enfants parce qu’on n’a pas encore sanctionné ceux qui ont détourné des grosses sommes » ? (…) Je ne suis pas un juge, je ne suis pas un ministre de la Justice. Je m’occupe du trésor public. Et si le trésor public est en danger, je me dois d’intervenir ».

Au sortir de ce Débat d’orientation budgétaire, les positions restent polarisées. Si le gouvernement se félicite de maintenir le cap malgré les tempêtes mondiales, l’opposition parlementaire, elle, redoute que ce surplace budgétaire ne finisse par hypothéquer durablement les projets de développement attendus par les Camerounais.

Rayan Sofo (Glob’Media)

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