Reçu en audience pendant plus de deux heures par le Délégué général à la Sûreté nationale, Martin Mbarga Nguele, le président du Haut Conseil des Camerounais de l’Extérieur, Dr Samuel Dongmo, a posé les jalons d’un partenariat stratégique. Entre modernisation des services, levée de fonds massifs et débats sur la double nationalité, la relation État-diaspora amorce un tournant majeur.

Une page décisive vient de s’ouvrir à Yaoundé dans les relations souvent complexes entre la République du Cameroun et ses citoyens établis à l’étranger. Au siège de la Délégation générale à la Sûreté nationale (DGSN), Dr Samuel Dongmo, président du Haut Conseil des Camerounais de l’Extérieur (HCCE), s’est entretenu en début de semaine pendant plus de deux heures avec le patron de la police camerounaise, Martin Mbarga Nguele.

Preuve de l’importance accordée à cette rencontre, le Délégué général avait réuni autour de lui la quasi-totalité de son état-major : les directeurs de la Police des frontières, des Renseignements généraux, de la Surveillance du territoire, de la Sécurité publique et de la Communication. Une mobilisation au sommet pour écouter, analyser et répondre aux attentes d’une diaspora en quête de reconnaissance et de simplification administrative.
Modernisation saluée et guichet unique en vue
S’éloignant des postures revendicatives, la délégation du HCCE est venue exprimer sa gratitude face aux mutations engagées par la DGSN. La digitalisation progressive des démarches, le déploiement du Visa, la délivrance accélérée des passeports et la possibilité d’obtenir une Carte Nationale d’Identité (CNI) en 48 heures à Yaoundé ont été chaleureusement saluées.
Pour aller plus loin, l’annonce phare de la création prochaine d’un « Guichet Unique Diaspora » au sein de la DGSN s’impose déjà comme une avancée concrète. Une mesure destinée à fluidifier le contact entre les compatriotes de l’étranger et l’administration policière.

1 000 milliards de FCFA et une banque pour la diaspora
La rencontre ne s’est pas limitée aux questions d’état civil. Le HCCE a abattu ses cartes économiques et stratégiques en présentant plusieurs projets d’envergure, notamment résumés dans l’ouvrage « 2025+ avec la Diaspora » et le PADICE (Pacte avec la Diaspora pour un Cameroun Émergent).

Parmi les initiatives chocs figure le projet « Diaspora Bonds 237 », qui ambitionne de mobiliser jusqu’à 1 000 milliards de FCFA d’épargne volontaire auprès des Camerounais de l’étranger. Ces fonds visent à financer des chantiers cruciaux d’infrastructures, d’énergie et de santé. Pour sécuriser ces flux financiers et soutenir l’entrepreneuriat, la création de la COFIDIAS, future banque de la diaspora, a également été mise sur la table, aux côtés de la mise en place d’une Maison de la Diaspora sur un terrain de 2 000 m² attribué par l’État.

L’Appel de Yaoundé : « La diaspora n’est pas une partie du Cameroun qui est partie »
Dans un discours aux accents solennels baptisé « L’Appel de Yaoundé », le Dr Samuel Dongmo a martelé la philosophie de cette démarche : « La diaspora ne demande pas des privilèges. Elle souhaite être reconnue comme un partenaire stratégique du développement national. Elle ne demande pas ce que le Cameroun peut faire pour elle, elle propose ce qu’elle peut faire pour le Cameroun », a déclaré le président du HCCE, avant d’ajouter : « Le plus grand gisement du Cameroun n’est ni dans son sous-sol, ni dans ses forêts, ni dans ses océans. Le plus grand gisement du Cameroun, c’est le génie de ses femmes et de ses hommes. La diaspora n’est pas une partie du Cameroun qui est partie. Elle est une partie du Cameroun qui continue de servir, autrement. »

Double nationalité : Le pragmatisme de Martin Mbarga Nguele
Interpellé sur des sujets sensibles, notamment la question récurrente de la double nationalité et le retour des compétences, le Délégué général à la Sûreté nationale a répondu avec le pragmatisme qu’on lui connaît. Fort de son expérience diplomatique passée en Espagne et au Brésil, Martin Mbarga Nguele a reconnu la portée stratégique du dossier tout en posant un diagnostic sans complaisance. « Il convient de reconnaître la portée stratégique « de la double nationalité » pour renforcer les liens avec la patrie, tout en rappelant que certains comportements isolés observés au sein d’une frange de la diaspora ont, par le passé, contribué à ralentir l’évolution de ce dossier », a souligné le DGSN, appelant à un « dialogue constructif et responsable afin de créer un véritable climat de confiance ».

Affirmant que la DGSN reste disposée à maintenir un cadre permanent de concertation, M. Mbarga Nguele a rappelé le rôle charnière de son institution : garantir la sécurité et lutter contre la fraude documentaire, tout en assurant un accueil personnalisé et digne aux Camerounais de l’extérieur. La rencontre s’est achevée par la remise du Certificat d’Excellence du HCCE au DGSN. Au-delà du symbole, cette audience historique jette les bases d’un dialogue institutionnel pérenne. Reste désormais à transformer ces promesses et ces projets ambitieux en réalités concrètes sur le terrain.
Panisse Istral Fotso










