Séjour prolongé de Paul Biya à Genève

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La cacophonie des officiels ravive le malaise au sein du RDPC

Au sommet de l’État, le silence n’est plus d’or, il est devenu assourdissant. Alors que le séjour prolongé du président Paul Biya à Genève suscite d’intenses débats à travers le pays, quatre hauts responsables de l’appareil étatique, tous, figures de proue du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC), se livrent à un exercice d’explication pour le moins désordonné.

En voulant rassurer une opinion publique en quête de clarté, la communication gouvernementale s’est empêtrée dans un écheveau de versions contradictoires. D’un côté, le Directeur du Cabinet civil de la Présidence de la République, Samuel Mvondo Ayolo, s’accroche à la ligne officielle initiale : le Chef de l’État effectuerait simplement un « court séjour privé » en Europe tout en continuant d’exercer pleinement ses prérogatives depuis la Suisse. Une lecture prolongée par René Emmanuel Sadi, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement. Ce cadre du Comité central du RDPC affirme que l’absence du Président n’est qu’« apparente » et rejette catégoriquement les conjectures sur son état de santé, soutenant qu’il dirige le pays à distance, parfaitement informé des affaires de la Nation.

Sur le terrain du droit, le ministre de l’Enseignement supérieur, Jacques Fame Ndongo, par ailleurs secrétaire à la Communication du Comité central du RDPC, monte au créneau avec sa verve habituelle. Selon lui, parler de « vacance du pouvoir » relève d’un contresens juridique : aucune disposition constitutionnelle ne limite la durée d’un séjour présidentiel à l’étranger. L’État fonctionne, martèle-t-il, les décrets sont signés et les dossiers traités par voie électronique.

La note dissonante du Code du travail

Mais c’est du ministère du Travail et de la Sécurité sociale qu’est venue la surprise. Grégoire Owona, vice-secrétaire général du Comité central du RDPC, a jeté un pavé dans la mare en décalant subitement le curseur explicatif. Pour lui, Paul Biya est tout bonnement en « congé annuel », assimilable à celui de tout travailleur de la République. S’appuyant sur les dispositions du Code du travail, Grégoire Owona avance qu’un tel congé peut légalement s’étendre jusqu’à 80 jours avant de pouvoir poser la question d’une déchéance de fonction.

Cette grille de lecture inédite a immédiatement fait réagir la société civile et la classe politique. L’opinion publique oscille aujourd’hui entre désillusion et ironie. L’observateur Aguh Mbah s’est fendu d’un commentaire acerbe, persiflant qu’on a affaire à « un dirigeant vraiment infatigable » qui choisit de travailler depuis la Suisse même lorsqu’il est théoriquement en congé.

Pour d’autres analystes, le malaise est plus profond. Atamson Fidelis Ngua’asaah y voit la preuve flagrante d’un défaut de cadrage stratégique au sein du sérail : au lieu d’harmoniser leurs violons pour délivrer un message unique et cohérent, les technocrates du régime s’emmêlent dans leurs propres arguments. Plus incisif encore, Nkolo Ntyam pointe une contradiction fondamentale : si le chef de l’État est bel et bien en congé régulier, le principe même du repos légal devrait suspendre l’exercice quotidien de ses fonctions. Soutenir simultanément qu’il gouverne d’une main ferme à distance décrédibilise l’argument du congé.

Un bis repetita des incohérences du pouvoir Cette dissonance cognitive à la tête de la communication d’État ravive des souvenirs encore frais dans la mémoire collective. Ce n’est en effet pas la première fois que le duo René Emmanuel Sadi – Jacques Fame Ndongo étale ses divergences sur la place publique dès qu’il s’agit du destin politique du président Paul Biya.

Les observateurs se souviennent du duel à distance livré lors de la présidentielle d’octobre 2025. Invité sur les ondes de RFI, le ministre de la Communication avait tempéré les ardeurs en qualifiant une nouvelle candidature de Paul Biya de « cinquante-cinquante », rappelant qu’il appartenait au seul Chef de l’État de trancher en son âme et conscience. Une réserve balayée dans la foulée sur le même média par Jacques Fame Ndongo, qui avait tranché de manière catégorique en affirmant que Paul Biya était l’unique candidat naturel et désigné du parti au pouvoir. Aujourd’hui comme hier, la cacophonie qui entoure l’absence du Chef de l’État met en lumière une machine communicationnelle grippée. En multipliant des paravents juridiques et lexicaux incompatibles, le pouvoir n’a réussi qu’une chose : accentuer le trouble des citoyens et alimenter les interrogations sur la gouvernance au sommet de l’État.

La rédaction

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