Le tribalisme rampant que l’on observe au Cameroun depuis quelques années notamment sur les réseaux sociaux constitue une sérieuse menace à l’intégration nationale, ou mieux, à la construction de l’unité nationale dans notre pays.
Depuis 1972, le Cameroun célèbre tous les 20 mai, la fête de l’unité nationale. En effet, à l’issue du référendum organisé le 20 mai 1972, le Cameroun a connu une modification de la forme de l’Etat : on passe alors du système fédéral à la République Unie du Cameroun. Bien que l’unité nationale soit un principe garanti par la constitution de notre pays, on ne peut nier la réalité que notre vivre-ensemble est parfois menacé par des propos haineux, par des manifestations du tribalisme.

Se réapproprier notre hymne national
Le tribalisme est un fléau social qui consiste pour un individu à détester ou à rejeter les membres de la communauté qui n’appartiennent pas à sa tribu. Plus concrètement, pour le tribaliste, il n’y a que les membres de son village ou de son ethnie qui méritent considération et respect. Et pourtant, au-delà des appartenances ethniques, les Camerounais devraient tous se sentir frères et sœurs. C’est d’ailleurs à cette fraternité que notre hymne national nous invite. Dans le premier couplet de notre hymne, on peut lire : « Que tous tes enfants du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest soient tout amour ». Autant dire que si le Cameroun est effectivement le berceau de nos ancêtres, il n’y a pas de raison que les fils et filles de ce pays indépendamment de leurs origines ethniques ouvrent les portes à la division, à la haine ou à l’exclusion de leurs compatriotes.
La diversité du Cameroun est sa richesse
En Afrique, le Cameroun a ceci de particulier qu’il est un peuple riche de sa grande diversité culturelle. De l’avis de certains experts en sciences sociales, il existe au moins 250 ethnies au Cameroun. En raison de cette importante diversité, le Cameroun a souvent été appelé Afrique en miniature, et plus récemment encore, « le continent ». Lors de sa récente visite officielle au Cameroun, au mois d’avril dernier, le Pape Léon XIV, au cours de son allocution au Palais de l’Unité, n’a pas manqué, comme ses prédécesseurs Jean-Paul II et Benoît XVI, de magnifier la diversité culturelle de notre pays. En effet, comment ne pas s’émerveiller et se réjouir de l’exceptionnelle variété des langues et cultures de notre pays ? A la vérité, chacune de nos tribus est une expression partielle de la beauté culturelle de l’ensemble du pays.
Il est important de noter que le tribalisme n’est pas à confondre ici avec la tribalité (qui est conscience tribale). Si le premier a essentiellement une connotation péjorative, le second n’a par contre rien de négatif en soi. En réalité, la conscience tribale est simplement la fierté d’appartenir à une ethnie particulière. En effet, aimer sa tribu ou son ethnie n’a rien de négatif : c’est s’aimer soi-même. La sagesse des évangiles nous recommande d’ailleurs d’aimer notre prochain, notre semblable, comme nous-mêmes (Cf. Mc 12, 31). Mais l’attachement à sa tribu devient un problème réel et sérieux lorsqu’on cherche à exclure les autres, à les persécuter, à les priver de leurs droits fondamentaux, ou encore à opposer un groupe ethnique à un autre à des fins de manipulations politiques.

Le paradoxe de l’indignation : tirer des leçons de l’histoire
En définitive, on ne peut pas s’indigner contre le racisme et dormir dans le lit du tribalisme. Ce serait une situation paradoxale ! Après des siècles d’esclavage, de colonisation, voire de néo-colonisation, les Africains en général et les Camerounais en particulier sont de plus en plus sensibles aux actes de discrimination raciale que subissent leurs frères et sœurs de peau. En réalité, « tout Homme est Homme » indépendamment de ses origines raciales ou ethniques. Détester, exclure, persécuter l’autre en raison de son appartenance tribale, c’est nier chez lui l’humanité que nous avons pourtant en commun. Parce qu’il met en péril la paix et la construction de l’unité nationale, le tribalisme doit être combattu sous toutes ses formes jusqu’à la dernière énergie. La diversité du Cameroun constitue sa spécificité, sa richesse et non sa faiblesse.
Martial TATCHIM FOTSO, M.A.
Diplômé du College of Liberal Arts and Sciences
St John’s University, New York, Queens, USA.










