Initialement prévue pour durer un mois, la grande collecte de données démographiques est une nouvelle fois prorogée par le Premier ministre Joseph Dion Ngute jusqu’au 15 septembre 2026. Entre grogne budgétaire des agents recenseurs, défaillances logistiques et zones d’ombre sécuritaires, autopsie d’une opération capitale qui peine à livrer ses comptes.
Le temps s’étire, le budget gonfle, et le doute s’installe. Les citoyens camerounais pensaient en avoir fini avec le va-et-vient des agents recenseurs munis de leurs tablettes et de leurs gilets fluorescents. Il n’en est rien. Par un nouveau décret signé du Premier ministre, Joseph Dion Ngute, la grande collecte de données démographiques du RGPH-4 est de nouveau prolongée, fixant désormais le terme des opérations au 15 septembre 2026. Une décision qui en dit long sur le retard accumulé sur le terrain et la difficulté du gouvernement à boucler ce gigantesque état des lieux démographique.
La colère sous le cartable
Sur le terrain, la grogne n’est plus sourde : elle éclate au grand jour. Depuis plusieurs semaines, de nombreux agents recenseurs expriment leur exaspération face aux retards de paiement de leurs indemnités et à la révision à la baisse de certaines primes d’éloignement. Dans plusieurs centres urbains comme Douala et Yaoundé, des mouvements de débrayage ont ralenti le rythme de travail, quand ils n’ont pas totalement paralysé la collecte dans certains quartiers.
« On nous demande d’avancer à marche forcée, mais les ressources promises ne suivent pas. Traverser la ville toute la journée avec une tablette sans prise en charge réelle devient intenable », confie un agent déployé sur le terrain. Cette précarité financière des équipes de terrain grève le moral des troupes et ternit l’image d’une opération institutionnelle censée incarner la rigueur administrative.
L’engrenage logistique et sécuritaire
Au-delà de la grogne budgétaire, le RGPH-4 se heurte à des écueils structurels majeurs. Sur le plan logistique, l’utilisation massive du numérique saluée au départ comme une avancée vers la modernité s’est transformée en défi permanent : panne de matériel, soucis de rechargement des tablettes dans les zones non connectées au réseau électrique, et pannes récurrentes de la transmission des données vers les serveurs centraux.
À ces difficultés matérielles s’ajoute le facteur sécuritaire, redoutable verrou territorial. Dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, ainsi que dans certains secteurs de l’Extrême-Nord en proie aux incursions intermittentes, le déploiement des équipes relève du parcours du combattant. Les zones d’ombre sécuritaires restent nombreuses, contraignant le Bureau Central des Recensements et des Études de Population (Bucrep) à contourner ces enclaves ou à suspendre temporairement les opérations, au risque d’altérer la couverture intégrale du territoire.
Le risque de données altérées
Cette nouvelle rallonge jusqu’au 15 septembre permettra-t-elle de résorber ces fractures ? Rien n’est moins sûr. Si le gouvernement cherche avant tout à éviter un biais statistique majeur en ratissant le plus large possible, les analystes s’inquiètent déjà de la qualité et de l’homogénéité des données recueillies sur une période aussi étalée. Alors que le Cameroun a urgemment besoin d’outils statistiques fiables pour calibrer ses politiques publiques, ses infrastructures sanitaires et ses projets éducatifs, le RGPH-4 ressemble de plus en plus à un chantier au long cours. Le compte à rebours est une nouvelle fois lancé, mais le scepticisme, lui, a déjà pris une longueur d’avance.
La rédaction










