De Douala 3e à Lévis au Québec, le parcours d’un jeune qui a troqué les meetings bruyants du Cameroun pour le porte-à-porte au Canada. Détenteur d’un MBA en Gestion Marketing et installé au Canada depuis 3 ans, où il poursuit également ses études en analyse des données en intelligence d’affaire, Philiace Tamko, jeune Camerounais a sûr s’y intégré aussi facilement dans sa zone de résidence. Car le 5 octobre dernier, lors des élections provinciales québécoises, on l’a vu sur le terrain, aux côtés de Brittany Blais, candidate du Parti Libéral du Québec (PLQ) dans la circonscription de Lévis. Son parti a terminé deuxième au niveau national, avec 40 députés, mais cinquième dans sa circonscription. Il nous raconte son expérience dans les moindres détails.
Comment un jeune Camerounais se retrouve bénévole dans une campagne électorale au Québec ?
«Quand on quitte son pays pour s’installer ailleurs, on arrive avec une histoire, des expériences, des ambitions. Pour moi, l’intégration ne se limite pas à trouver un emploi ou à poursuivre ses études. Elle passe aussi par la découverte des institutions et la participation à la vie publique. Mon intérêt pour la politique ne date pas du Canada. Au Cameroun, j’avais déjà participé à des activités de campagne. Mon parcours en communication-marketing et en analyse socio-politique m’a poussé, par curiosité, à m’engager comme bénévole. »
Une expérience qui ne date pas d’hier Ce n’est pas un novice. Son CV politique nous en dit d’avantage : « En 2013, j’ai été scrutateur lors des élections couplées municipales et législatives au Cameroun. En 2018, bénévole au sein de la Task Force pour la campagne présidentielle du MRC aux côtés du Pr Maurice Kamto. En 2020, j’ai accompagné M. Youmssi Justin, candidat du SDF à Douala 3e. Il a terminé deuxième et est devenu adjoint au maire. »
Rejoindre Brittany Blais était donc une continuité, mais aussi une volonté de mettre ses compétences en marketing politique et en analyse de données au service de sa nouvelle terre d’accueil.
Sur le terrain à Lévis Son rôle ? Pas dans les bureaux. Sur le terrain. « Mon rôle consistait à accompagner la candidate et à contribuer au bon déroulement de la campagne. Porte-à-porte, distribution de tracts, rencontres citoyennes. Une campagne ne se gagne pas seulement avec des discours, elle se construit sur le terrain, à travers l’écoute. Le gouvernement du Québec reconnaît d’ailleurs que le bénévolat favorise l’intégration. »
Deuxième place nationale, cinquième à Lévis : défaite ou victoire morale ?
Il tient à préciser : « La deuxième place, c’est le résultat global du PLQ au Québec, passé de 18 à 40 députés. On devient chef de l’opposition face au Parti Québécois qui a 59 sièges. Mais dans Lévis, nous avons terminé cinquièmes face au bloc du Parti Conservateur du Québec. Mathématiquement, c’est une défaite pour Brittany. » Mais une défaite riche : « Une campagne ne se résume pas au résultat final. Elle se mesure aux rencontres, aux citoyens écoutés, aux idées défendues. Le résultat espéré n’a pas été atteint, mais cela ne remet pas en cause la valeur du travail accompli. »
Le soir des résultats, seul devant sa télé
« J’ai vécu l’annonce avec beaucoup d’émotion dans mon salon, le volume de la télé au maximum, en multiplexe. J’avais un œil particulier sur Orford, la circonscription de notre leader Charles Milliard, qui a gagné haut la main. Il y avait de la déception, bien sûr. Mais on peut être déçu sans regretter de s’être engagé. » Et sa candidate ? « Brittany aurait évidemment aimé gagner. Des semaines de privation, des nuits blanches. Mais j’ai aimé son fair-play. Le soir même, elle a publié sur Facebook pour saluer le processus et remercier ses électeurs. »
Québec/ Cameroun : deux façons de faire la politique. C’est là que son regard croisé est le plus intéressant : « Au Québec, pas d’animosité, pas de violence, pas d’agressivité, pas de grands meetings avec forte sonorisation. C’est le porte-à-porte qui est mis en avant, dans le plus grand respect de l’électeur qui vous ouvre sa porte. On écoute plus qu’on ne parle. » Au Cameroun, c’est autre chose : « Les relations de proximité, les réseaux locaux, la mobilisation communautaire, parfois tribale, occupent une place importante. »
Ce que le Cameroun peut apprendre du Québec ? « L’organisation, la planification, la coordination des bénévoles. Et surtout, la place du citoyen. La politique ne doit pas se limiter aux périodes électorales. Et puis, la proclamation des résultats le soir même ! Au Cameroun, cela reste une utopie. On passe par ELECAM au niveau communal, départemental, régional, puis le Conseil Constitutionnel, qui n’est plus très capable de donner les résultats reflétant la réalité sortie des urnes bureau par bureau. »
Pour lui, la leçon est simple : « Les politiques ne devraient pas seulement chercher à convaincre pendant les élections, ils devraient chercher à mériter la confiance au quotidien. »
Et la suite Non, il n’est pas découragé par la défaite, bien au contraire. « Au contraire, elle me donne envie de mieux comprendre l’électorat de Lévis. L’engagement politique demande du temps, de la patience, de l’humilité. »
S’engagera-t-il au Cameroun ou au Canada ?
« Pour l’instant, je construis mon engagement au Québec, puisque c’est ici que je vis. Mais je reste Camerounais. La politique n’est pas une question de territoire, mais d’engagement. »
Son message aux jeunes de Douala qui veulent s’engager : « N’attendez pas d’être prêt pour vous engager, sinon vous ne le serez jamais. Engagez-vous, formez-vous. N’attendez pas d’avoir des titres. L’éveil citoyen commence par l’intérêt qu’on porte à sa communauté. Notre génération a des compétences et de l’énergie. Mais cet engagement doit se faire avec responsabilité, intégrité et respect des opinions différentes. »
Lisa YOUMSSI (Glob’Media)










