Port de Kribi

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Une histoire de 3 bandits : l’Allemagne, le Royaume Uni, la France et de leur victime, le Cameroun.

Voici comment avec le port de Kribi, la Chine tente sans succès, de mettre fin à un odieux impôt colonial allemand, britannique et français payé par tous les Camerounais depuis 138 ans, de 1884 à 2022

Officiellement, tous les 3 sont les uns contre les autres, au point même de se livrer 2 guerres mondiales, mais sur le Cameroun, pas de soucis, là ils sont tous d’accord sur une chose, l’impôt fixé par le premier bandit, l’Allemagne et qui sera appliqué à l’identique par les deux bandits suivants, pour appauvrir au maximum les Camerounais, qui ne sont même pas au courant du fait qu’ils sont truandés au quotidien, encore moins comment.

Le braquage consiste à laisser le vrai port du Cameroun qu’est le port océanique de Kribi, pour développer plutôt des quais dans une ville lagunaire comme Douala. En moyenne, l’impôt colonial payé par les Camerounais pour le seul dragage de la lagune de Douala est de 10 milliards de francs CFA chaque année. A cela il faut ajouter les frais de transbordement des marchandises camerounaises en haute mer, vers de petits bateaux français, anglais hollandais et italiens qui fixent les tarifs qu’ils veulent puisqu’ils sont en situation de monopole.

Pour être certains de soutenir cette manière des victimes camerounaises, les bailleurs de fonds traditionnels comme le FMI, la Banque Mondiale n’ont jamais accepté de financer l’avènement d’un vrai port au Cameroun. Même Douala est dépourvu des équipements portuaires qui permettent de décharger les bateaux. À la place, ils ont plutôt conçu des bateaux spéciaux pour les côtes africaines, sans équipements. Et ces bateaux sont pourvus des grues qui permettent leurs déchargements à n’importe quel port. En échange, ce sont des bateaux de petite taille dont le coût de gestion est plus élevé et dans tous les cas, pas d’économie d’échelle pour les pays africains. Vue la grandeur du continent africain (30 millions de km2) entouré de 3 mers et 2 océans, on se serait attendu que l’Afrique soit le continent par excellence des ports modernes. Mais pas du tout. L’Afrique a plutôt été traitée en périphérie de l’Europe où rien de spécial ne se passe, même pas en logistique.

Les armateurs danois Maersk et français CMA CGM ont même mis au point des porte-conteneurs pour assurer la marginalité africaine dans le secteur portuaire. Maersk a créé son porte-conteneur nommé Wafmax et CMA CGM a créé son porte-conteneur nommé Africamax, spécialisé pour les équipements portuaires de l’Afrique, et naturellement sont de petits bateaux gréés, c’est-à-dire, équipés de leurs propres appareils de levage et de manutention. Et tout ce braquage va se poursuivre et est toujours en cours, jusqu’au jour où arrive un nouveau venu (la Chine) et qui tente désespérément d’avertir la victime qui refuse de croire à l’histoire.

Dans la partie 4, je vais vous montrer comment la plus grande difficulté que rencontre cette Chine là pour nous libérer de cet impôt colonial ne vient pas de la France ou de l’Allemagne, mais des Camerounais eux-mêmes qui sont formés, formatés pour défendre mordicus sur leur propre territoire, les intérêts de la France qui les tiennent pourtant en scelle, en captivité, en asservissement. Nous verrons ensemble, comment se construit la haine des intellectuels camerounais contre la Chine accourue pour les aider, pour leur montrer les vrais mécanismes de servage mis en place depuis les Allemands en 1884 et qu’ils ne pourront lever, sans l’aide d’une puissance plus grande que celle des européens.

Le port lagunaire de douala

Selon les informations diffusées sur le site du Port Autonome de Douala, « Le port de Douala-Bonabéri a enregistré fin 2019, 2,9 millions de tonnes de marchandises transportées par 5361 navires, dont 75% en import et 24% en export. Mais Cyrus Ngo’o juge les installations du port de Douala-Bonabéri : dépassées et obsolètes.

Les installations du port de Douala « dépassées et obsolètes » !

Ce sont les mots du directeur du port de Douala, pas de n’importe qui. Il l’affirme lors de la visite du Premier Ministre Joseph Dion Ngute le 13 octobre 2020 pour l’inauguration et à la mise en eau de ces outils qualifiés de « souveraineté et de productivité » pour le Port de Douala-Bonabéri. Coût de ces 6 nouveaux moteurs nautiques du Port de Douala : 45 milliards de FCFA. Cyrus Ngo’o ajoute que ce coût n’est pas tout. Il faut lui ajouter un autre chiffre : 76 milliards de francs CFA sur 15 ans pour le dragage du port de Douala par les Camerounais.

Il s’en vante car ce chiffre est très bas par rapport à ce qu’ils payaient avant aux entreprises européennes pour draguer le sable du port lagunaire de Douala. J’affirme :

« Les études économiques et financières que nous avons fait faire, démontrant qu’en la réalisant en régie (par nous-mêmes), l’activité du dragage du Port de Douala coûterait 76 milliards de francs CFA en moyenne sur les 15 prochaines années ». En plus de réduire les charges d’exploitation du PAD, l’autre enjeu ici est de rétablir la souveraineté de l’État du Cameroun sur le port.

L’autre information que fournit le site du port autonome de Douala

« De 1987 à 1997, l’opération de dragage gérée par l’ex-Office national des ports coûtait en moyenne 320 millions de francs CFA par an. Mais à partir de 1997, les coûts ont continuellement grimpé. Ils sont passés à 2,7 milliards annuels jusqu’à l’année 2000, puis à 4 milliards de francs CFA annuels entre 2000 et 2006, pour plafonner à 11 milliards de francs CFA en 2008-2009. Ce, avant de se fixer à 8,2 milliards de francs CFA sur l’exercice 2019- 2020 ». « Sur les dix dernières années, 1727 FCFA/m3, et 1857 FCFA/m3 sur les 5 dernières années. Les simulations du Pad évaluent à 1587 FCFA/m3, le prix du dragage ».

Et pourtant, il ya un vrai port au Cameroun, c’est le port de Kribi qui donne directement sur l’océan, mais aucun bailleur de fond n’accepte de financer un tel projet pour économiser définitivement toutes ces charges de dragage du port de Douala. Et puis, un jour, tout change parce que la Chine arrive en secours avec les financiers.

Le port de Kribi

C’est depuis 1884 que les Allemands avaient compris que le seul et vrai port du Cameroun, c’était le port de Kribi, parce qu’il s’agit d’un port en eau profonde, c’est-à-dire avec un tirant d’eau élevé. Définition : Un « Tirant d’eau » est la profondeur dont un objet flottant s’enfonce dans le liquide. Dans la marine, c’est la quantité ou le volume d’eau que déplace un navire ; c’est aussi la distance verticale entre la ligne de flottaison et le point le plus bas de la coque du bateau, qui en règle générale est la quille. Le tirant d’eau est enfin la hauteur de la partie immergée d’un bateau et cette hauteur varie en fonction de la charge transportée. C’est cette deuxième nuance qui nous sert dans notre analyse. Le port lagunaire de Douala a un tirant d’eau très faible. Et par conséquent, la charge transportée par les bateaux est aussi faible. Cela veut dire que là où normalement dans un port moderne à tirant d’eau normal, un bateau moyen qui transporterait 1000 tonnes, dans le même ordre de grandeur le bateau qui va à Douala ne transporterait que 100 tonnes, c’est-à-dire 10 fois moins. Avec tout ce que cela comporte comme un manque de compétitivité pour le Cameroun. D’un côté, le manque d’industrialisation du Cameroun fait que les produits importés même chers sur le marché camerounais, sont achetés puisqu’il n’y a pas d’alternative pour la population. Cela s’appelle l’impôt colonial, puisque ce modèle de développement est celui suivi depuis la colonisation allemande du Cameroun.

Le Cameroun vit de fait depuis le début de l’occupation coloniale allemande sous une inflation artificiellement entretenue à travers le port de Douala. Donc les coûts exorbitants de gestion et d’entretien réduisent le pouvoir d’achat des Camerounais, et donc entretiennent la pauvreté généralisée. Sur le plan des exportations, cela limite le Cameroun à une marginalité certaine, les industries naissantes camerounaises ne peuvent tenir devant la moindre concurrence internationale, à cause d’un coût supplémentaire, celui d’une logistique pénalisante.

Et puis, un jour, la Chine a décidé de mettre fin au supplice de tout un pays, en lui offrant un port en eau profonde, Kribi.

Mais à cause de l’éducation coloniale européenne des dirigeants camerounais, les choses ne vont pas se passer comme elles devraient. Et au lieu de profiter de cet unique banquier du monde qu’est devenue la Chine, la partie camerounaise va plutôt multiplier les gaffes, les âneries et surtout les incohérences qui sont toutes mal vécues par la partie chinoise.

Quelqu’un vous donne un coup de main pour vous sortir des griffes de vos bourreaux et plutôt que de lui dire merci et d’avancer avec de nouveaux projets, vous le traitez comme un sous-homme, qui ne vous est utile que parce que la France ne pouvait pas faire mieux.

En tout cas, c’est l’impression qu’un protagoniste chinois de premier plan qui a assisté à toutes les phases de la naissance à la réalisation du projet du port en eau profonde de Kribi a bien voulu expliquer à ses collègues économistes chinois, dans une revues spécialisées économiques en langue chinoise en 2017.

Il s’appelle Xu Huajiang et il est cadre dans l’entreprise d’état chinois qui gagne le marché pour la réalisation des infrastructures pour le port de Kribi, la China Harbour Engineering Company (CHEC), entreprise dont la maison mère est la CCCC, la China Communication Construction Co. Il va livrer sa pensée dans un quotidien économique chinois qu’on peut traduire en anglais par « The 21st Century Economic Report » et en français par « Le Rapporteur économique du 21e siècle ».

Du mois de février à août 2017, le quotidien fait un numéro Spécial qui a pour thème : « L’industrialisation en Afrique ».

Il s’agit de comprendre pourquoi partout ailleurs, jusqu’en Amérique du Sud, la Chine a pu aider au décollage industriel de plusieurs pays comme le Brésil et l’Argentine ou le Venezuela, mais pas en Afrique.

Pour cela, le quotidien envoie sur le continent africain sa rédactrice, Madame Zhao Yining qui mène une série d’interview aux responsables des projets d’industrialisation menés par la Chine. Et chacun dit ce qui ne va pas chez les Africains, vu par les Chinois.

L’interview commence par le début, pour savoir comment ont-ils fait pour s’imposer sur un terrain traditionnellement français ? Les dessous de la réalisation des financements chinois pour un projet aussi grand que celui de Kribi alors qu’à l’époque c’est le montant le plus élevé que la Chine avait concédé à un pays africain, pour ce genre de prêt, c’était de 50 millions de dollars au Soudan.

Madame Zhao Yining

J’ai entendu dire que vous étiez passé de la comptabilité au commercial et à la gestion, quand avez-vous entendu parler du projet de port à Kribi ?

Xu Huajiang

Le premier contact avec le Cameroun c’est en 2002 pour répondre à un appel d’offres à Limbé ; à ce moment-là, j’étais au bureau nigérian de la CHEC comme directeur financier. Mais le véritable contact ne s’établit qu’à partir de 2006 ; avant cela l’entreprise avait mené une étude de marché et comprenait que le gouvernement du Cameroun avait l’intention de construire un port à Kribi.

Madame Zhao Yining

De quelles informations disposez-vous à ce moment-là sur le port de Kribi ?

Xu Huajiang

Le gouvernement camerounais avait depuis longtemps l’intention de construire un port en eaux profondes. De fait, le projet était planifié depuis vingt ans. Auparavant, c’était toujours une entreprise française qui l’assistait pour la planification et les études, y compris pour les propositions d’emplacements alternatifs et pour l’aide à la construction du port. En avril 2007, le Secrétaire général du Premier ministre du Cameroun a invité la CHEC à envoyer un représentant, étudier le projet de Kribi. Le Secrétaire général nous a reçus au nom du Premier ministre et a mis en nous beaucoup d’espoirs. À l’époque le Cameroun n’avait pas complètement rejeté la France, mais le projet tardait depuis trop longtemps, aussi était-il à la recherche de solutions en dehors de la France. En réalité, leur espoir résidait toujours dans la France.

Madame Zhao Yining

Pourquoi un projet prévu depuis vingt ans n’a-t-il pas pu démarrer ? Pourquoi les Français ne l’ont-ils pas fait ?

Xu Huajiang

Les raisons sont nombreuses, mais la plus importante est celle du financement. Autrefois, tous les espoirs du Cameroun reposaient sur l’Europe et la France, mais ces dernières décennies les Français ne les y ont pas aidés. La France a une agence de développement (l’Agence française de développement), mais en Afrique (par manque d’argent) elle n’a aidé qu’un peu, essentiellement pour de petits projets, les autres projets reposant sur l’investissement des entreprises privées françaises. De plus à l’époque, il n’y a rien à Kribi, c’est la forêt vierge ; pour toute entreprise, en l’absence d’investissements en infrastructure, cela signifiait encourager un risque énorme. En vérité, c’est parce que la France ne dispose pas d’un contexte comparable à la Chine où le gouvernement et les entreprises ont une politique commune d’investissement.

Madame Zhao Yining

J’ai lu le livre « L’Afrique, ma destinée, mon amour » le livre écrit par l’ancien vice-ministre chinois du Commerce Wu Jianguo. Dans ce livre il décrit les débuts de la politique des deux catégories de prêts à taux bonifiés (les prêts gouvernementaux à taux préférentiel). Les prêts bonifiés à long et moyen terme ayant un fort caractère d’aide sont une innovation institutionnelle que l’Exim Bank octroie aux pays en développement dont le Cameroun.

Xu Huajiang

Oui. Les « prêts bonifiés » sont une « idée géniale » pour pallier le manque de financement du développement des pays en développement. Très peu de pays africains parviennent à l’équilibre budgétaire ; or les plus gros problèmes auxquels sont confrontés les pays sous-développés sont le développement et la construction ; les « prêts bonifiés » de l’Exim Bank ont ​​un effet de levier et sont une incitation très forte à sortir de Chine pour les entreprises chinoises du BTP.

Madame Zhao Yining

Les « prêts bonifiés » ont été utilisés pour la première fois en 1995 pour accorder des prêts au Soudan en vue de prospecter des gisements de pétrole ; en 2006, la pratique n’était pas encore généralisée. Qu’en était-il au Cameroun ?

Xu Huajiang

« À cette époque (en 2006), la politique des « prêts bonifiés » n’avait pas encore été tentée au Cameroun, du moins il n’y a aucun précédent avant 2007. Quand nous sommes partis, nous n’avions encore rien signé, mais juste avancé des solutions techniques pour le port ; nous n’avons pas non plus réclamé un sou au gouvernement camerounais alors que les Français se faisaient toujours payer leurs études techniques. En 2008, après avoir remis au gouvernement du Cameroun nos observations techniques, nous avons reçu de lui une invitation à participer à une « table ronde » réunissant les institutions financières à même de participer au financement du [projet du] gouvernement. Bien sûr la Exim-Bank était présente ; c’était la première fois qu’elle participait à ce projet. En août 2008, la réunion s’est tenue à l’hôtel Hilton de Yaoundé ; il y avait quarante participants dont les représentants au Cameroun de la Banque mondiale, de la Banque africaine de développement, de la Banque islamique de développement et de l’Exim-Bank. Il y avait aussi des entreprises européennes du BTP comme la française Vinci, la néerlandaise Boskalis (la première entreprise mondiale de dragage) et la CHEC, la seule entreprise chinoise du BTP présente. L’organisateur de la réunion (le ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire) a arrangé au dernier moment que la CHEC et l’Exim Bank interviennent. J’ai fait une présentation de nos compétences techniques et des projets impliquant la CHEC dans les pays voisins, l’Exim Bank a, elle, présenté la politique du gouvernement chinois en matière de « prêts bonifiés ».

Après la réunion, les médias locaux (y compris la chaîne de télévision nationale Cameroun CRTV et le principal média Cameroun Tribune) nous ont interviewés et ont titré « les Chinois arrivent » ou « Un nouvel espoir se fait jour », pour annoncer que se présentait l’espérance d’une construction du port de Kribi et pour escompter que la Chine pourrait aider le Cameroun à réaliser un rêve national qu’il ambitionne depuis longtemps. »

Madame Zhao Yining

J’ai lu les communiqués des médias locaux. Au Cameroun, auparavant les communiqués relatifs à Kribi étaient nommés des entreprises françaises ou européennes, et pendant longtemps toutes les informations sur Kribi étaient considérées comme des blagues par la population. On le comprend, depuis 1980 et les études des entreprises européennes, le gouvernement a très souvent proclamé qu’il allait construire le port de Kribi. Promouvoir les « prêts bonifiés » de l’Exim Bank a aussi exigé beaucoup de temps, n’est-ce pas ?

Xu Huajiang

Oui. En 2009, nous avons signé un contrat commercial avec le Cameroun pour la phase 1 de Kribi. Aux termes du contrat, nous devions aider le gouvernement pour mettre en place un prêt de l’Exim Bank, mais il n’était pas spécifiquement stipulé qu’il s’agissait d’un « prêt bonifié », à l’époque nous-mêmes n’y croyons pas. Le projet de Kribi était un gros projet de 497 millions de dollars. En 1995, le gouvernement chinois a octroyé un prêt bonifié de 500 millions de yuans (environ 50 millions de dollars) pour la prospection pétrolière au Soudan ; ou, à l’époque, sortir de Chine pour le pétrole était une question de sécurité énergétique nationale. Aussi nous craignons qu’il ne soit pas possible qu’un prêt bonifié du gouvernement chinois couvre l’ensemble, la moitié nous aurions paru bien avec l’autre moitié en prêts commerciaux, à l’époque le gouvernement camerounais acceptait que l’Exim Bank puisse faire un prêt commercial. Cependant, après discussion entre l’Exim Bank et le ministre camerounais de l’Économie et du Plan, le projet a été réévalué et la conclusion a été que sa rentabilité était bonne et que pour le Cameroun il avait une importance stratégique telle que l’on pouvait réfléchir à un financement à 100% par des prêts bonifiés.

Madame Zhao Yining : Les résultats ont dépassé les attentes.

À l’avenir, les entreprises chinoises, outre les travaux de construction, auront la responsabilité de promouvoir les normes chinoises à travers le monde.

Xu Huajiang :

À l’heure actuelle, avec la présence de plus en plus nombreuse de la Chine dans les chantiers de BTP en Afrique, les responsables politiques de haut niveau et les personnalités de la nouvelle génération ont déjà accepté les normes chinoises d’un point de vue technique. Cela ne suffit pas. Nous devons à l’avenir promouvoir exclusivement la propagation des normes chinoises, ainsi tous les contrats devraient comporter l’obligation d’enseigner les normes chinoises. Dans tous les projets, il devrait y avoir une comparaison entre les normes chinoises et françaises, chinoises et européennes, chinoises et anglaises. Ensuite serait le partage des normes. Il faudrait aussi donner une version en chinois en plus de la version en anglais des normes chinoises. Nous avons besoin de versions multilingues des normes chinoises à destination de différents marchés et, ainsi, élargir nos cibles clients. Nous suivons le projet ferroviaire du Cameroun, nous diffusons la version anglaise des normes ferroviaires chinoises.

Madame Zhao Yining :

Au sommet de Johannesburg, le président Xi Jinping a présenté un « Programme de coopération sino-africaine pour l’industrialisation ». Quelles sont les intentions et actions envisagées pour aider et promouvoir le développement industriel du Cameroun ?

Xu Huajiang :

Lorsque nous sommes entrés en contact avec le gouvernement camerounais en 2008, ils ont immédiatement dû charger un cabinet néerlandais d’établir un « Plan directeur pour la zone industrielle de Kribi ». Ce plan a été achevé en mars 2012. Il comprend des zones pour l’industrie lourde, l’industrie légère et les parcs logistiques.

Dans la zone pour l’industrie lourde, une raffinerie, une aciérie, une usine chimique, etc. Ce plan avait reçu l’approbation du gouvernement ; l’ensemble couvrait 260 kilomètres carrés, soit neuf fois la taille de la zone de libre-échange de Shanghai ! À partir de 2011, le gouvernement a commencé la réquisition des terrains et a pratiquement achevé cette réquisition pour bien montrer sa détermination. Parallèlement, nous avons élaboré notre propre « Plan directeur pour la zone de libre-échange de Kribi » en fonction de l’expérience chinoise de développement. Pendant la rédaction, en plus de nos échanges avec le gouvernement, nous avons pris en compte les besoins du développement économique du pays et l’aménagement du port en eaux profondes, l’important était que le plan et le projet futur révèlent une intégration étroite. Notre intention était que notre objectif soit réalisé en temps voulu et avec efficacité, puis de construire une plateforme-forme et d’implémenter les projets un par un.

Les avantages que vous annoncez sont clairs et évidents. Mais parmi les parcs industriels que la Chine a établis à l’étranger, peu sont des réussites. N’avez-vous pas peur qu’il y ait un dénominateur commun à leur échec ?

Xu Huajiang :

Nous sommes confiants. J’ai travaillé huit ans au Nigéria, je connais bien la zone de Lekki, c’est l’une des neuf zones de coopération économique à l’étranger spécifiquement homologuée par le gouvernement chinois24. Si le modèle de gestion de la zone de libre-échange s’appuie sur un aménagement et une viabilisation du foncier afin de revendre les terrains pour gagner de l’argent, alors ce sera un échec certain. À l’heure actuelle, la CHEC aide le Nigéria à construire un port en eaux profondes à Lekki ; ou la zone de libre-échange est à 160 kilomètres. L’intention originale de cette zone de libre-échange était de sauver le port de Lekki, ce qui n’était pas un besoin exprimé par le marché, car les conditions y sont trop défavorables. Nous avons déjà dit qu’il fallait une journée pour quitter le terminal à conteneurs au Nigéria, ce n’est pas économiquement rentable. En ce qui concerne la zone de libre-échange de Kribi, le Cameroun est un grand pays avec 22 millions d’habitants et une demande importante ; Si on ajoute la population très dense d’Afrique centrale et occidentale et le Nigéria voisin avec 170 millions d’habitants, c’est alors le premier ensemble économique africain. La consommation y est significative. Mais le plus important est que la zone de libre-échange de Kribi dépende du port en eaux profondes et de ses terminaux qui remplaceront le port de Douala dans un futur proche, ça deviendra la plus grande plate-forme de services publics maritimes du Cameroun. La zone de libre-échange de Kribi sera une zone industrielle portuaire disposant d’installations infrastructurelles complètes, formant une cité portuaire ; la promotion du développement de Kribi devrait en faire un pôle commercial national au sud du Cameroun.

CONCLUSION

Cette interview date de Février-Aout 2017.

Le gouvernement camerounais en était-il au courant ?

J’en doute puisque nous ne sommes dotés ni d’une cellule de veille économique, encore moins d’une direction d’Intelligence économique et stratégique.

QUELLES LECONS POUR L’AFRIQUE ?

La Suisse se bat pour avoir son propre modèle de cabine téléphonique, son propre modèle de prise électrique, son propre modèle d’extincteur, etc. Parce qu’elle a compris que posséder son propre modèle, ses propres normes créent et garantissent des emplois en Suisse chaque fois qu’une Suisse doit acheter une prise électrique ou un extincteur.

Lorsque les fonctionnaires et politiciens camerounais exigent que la Chine leur fournisse une autoroute aux normes françaises, est-ce pour défendre les intérêts du Cameroun ?

A la lecture d’un témoignage aussi poignant que celui de Xu Huajiang, la plus grande tristesse est de conclure que tout au long de son histoire, on se rend compte qu’il est finalement le seul à défendre les intérêts du Cameroun. Les Camerounais étant trop occupés à défendre les intérêts de la France.

Ceci pose deux problèmes, d’abord celui du système scolaire non adapté. C’est ce qui arrive quand on fait du copieur-coller du système des autres. Ensuite, cela pose le problème de la rupture avec la colonisation. Le passage à ce qu’on a appelé les indépendances en Afrique, a été finalement une vue de l’esprit, un leurre, lorsqu’on arrive aux incohérences et aux comportements illogiques que nous venons de lire des africains devant un partenaire, le seul capable de les sortir des griffes de leur prédateur, la France.

Xu Huajiang est né en 1976 et en 1988 a obtenu son diplôme de l’Institut maritime de Shanghai (spécialité : comptabilité étrangère). De 2000 à 2008, il a occupé les fonctions de directeur financier, puis de directeur général adjoint et de représentant en chef de la filiale nigériane de la CHEC. De 2008 à 2010, il a été nommé directeur financier du bureau de la CHEC en Angola. Puis, de 2010 à aujourd’hui, il est responsable du bureau camerounais de la CHEC étant successivement passé de directeur de l’équipe préparatoire du bureau à directeur général de la filiale de la CHEC au Cameroun, puis à directeur général du Centre de gestion pour la région d’Afrique centrale de la CHEC.

Tout au long de notre analyse, nous avons vu que le Cameroun avait besoin de recourir à des bureaux d’études en Occident qui en savaient moins que les fonctionnaires camerounais. Xu Huajiang a étudié à l’Institut maritime de Shanghai (spécialité : comptabilité étrangère). Qu’ont étudié les Camerounais qui sont ses interlocuteurs dans ce dossier ? En quoi forment les universités camerounaises pour faire face aux vrais défis du pays, afin qu’on n’ait plus besoin de recourir à des bureaux d’études en Europe ?

Pour être choisi, la CHEC a dû subir une humiliation d’audition à Paris. Et à quel genre d’audition s’est soumise l’entreprise française Bolloré qu’on lui a ensuite imposée ? Et le président Paul Biya dans tout ça ? Je crois que c’est lui-même qui pose problème. On parle de son administration. C’est le commandant en chef qui mis sur pied et qui gère un tel système d’administration coloniale qui profite à la France et non au Cameroun. Et à ce rythme, il ne fait pas s’étonner que même dans 100 ans, le niveau de pauvreté du Cameroun ne pourra que s’aggraver, puisque celui qui dirige le pays est juste incapable de ce qui est fait dans l’intérêt du pays et ce qui ne est contre le Cameroun.

C’est juste que cet employé chinois s’étonne que les rails qui doivent rester entre les mains de l’État ont été cédés à Bolloré qui n’a jamais fait du rail dans sa vie. Mais il a fallu que Paul Biya lui donne la chance de faire son stage sur les rails au Cameroun et sur le dos du Cameroun. Monsieur Biya peut être bon en tout, mais, là il a pêché en incompétence et surtout il a manifesté des profondes lacunes en intelligence économique et stratégique. Les rails c’est aussi la sécurité d’un pays, parce que c’est aussi un grand nœud de renseignement.

Mais cela, Biya le sait-il ? C’est là le problème. Le port de Kribi n’était que le premier grand investissement chinois au Cameroun. Ce genre d’information publié dans une revue spécialisée pour les économistes chinois, porte à croire que le président Xi Jinping, va réduire son aide financière au Cameroun, ou tout au moins n’investira plus dans aucun projet de l’envergure du port de Kribi.

Seul l’avenir nous le dira. Mais le fait que cette interview est rendue publique, montre que Pékin n’est tout simplement pas contenu de la façon dont Paul Biya a géré ce dossier d’une aide de création d’un port en eau profonde offerte par la Chine au Cameroun qui se transforme en humiliation de la Chine par la France au Cameroun avec l’aide de Paul Biya.

Jean-Paul Pougala

Mercredi 16/11/2022

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