Un avocat revient sur les dernières heures d’Anicet Ekane
Me Ulrich Nguana, membre du collectif de défense citoyenne, s’est exprimé, le 28 novembre, lors d’une conférence de presse de cet organe sur l’évaluation des cas d’arrestations, de détention, de torture et de pertes en vie humaine durant la crise post-électorale. Cet avocat est revenu, notamment, sur les dernières heures de vie du président national du Manidem (Mouvement africain pour la nouvelle indépendance et la démocratie) au centre médical de la gendarmerie nationale, où il était interné.
« Nous avons eu la chance de rencontrer, en début de semaine, notamment mardi, 25 novembre le président Anicet Ekane, où il est couché parce qu’il est actuellement très malade. Le Collectif de défense citoyenne était accompagné de trois avocats et de Me Emmanuel Simh. Nous nous sommes rendus au Sed au centre médical de la gendarmerie nationale. Nous avons cherché à rencontrer notre client qui, nous le savions, était très malade. » À l’entrée, nous avions été interpellés par un homme en civil, vraisemblablement son gardien de circonstances, un militaire qui nous a demandé où nous allons. Nous lui avons dit clairement que nous sommes là pour rencontrer notre client, Anicet Ekane. Il n’a pas autorisé, dans un premier temps, que nous ayons accès à lui. Il a passé un coup de fil. Par la suite, nous avons eu accès à la salle. Mais avant d’entrer, imaginez-vous, bien qu’étant des avocats, nous avons été soumis à des fouilles extraordinaires parce qu’ils sont allés jusqu’à fouiller nos parties intimes. Nous lui avons demandé : mais, qu’est-ce que vous cherchez? Vous pensez qu’il y a des explosifs ? Les avocats marchent avec des explosifs ? Il a dit qu’il fait son travail. Nous sommes soumis à un exercice. Étant dans la salle, M. Anicet Ekane était couché presque abattu avec une apparence assez inquiétante. La même surprise continue parce que le gardien de circonstances était présent pendant que nous échangions avec lui. Nous lui avons demandé ce qu’il faisait. Il ne parvenait pas à donner des réponses exactes. Il disait qu’il a reçu des instructions. À nous de lui dire : nous sommes des avocats. Nos échanges doivent être confidentiels. Et M. Anicet Ekane, lui-même, a fait l’effort de dire à ce gardien: qu’est-ce que vous faites là. Mais il n’a pas répondu. Imaginez-vous nous avons eu de la peine à avoir un échange confidentiel avec A. Ekane. Mais nous retenons, malgré tout, que M. A. Ekane se trouve gravement malade. Nous l’avons vu; il parlait à peine. Et il a exigé que son médecin puisse être celui-là qui le soigne. C’était un peu surprenant imaginez-vous ! Nous avions l’impression qu’il n’avait pas accès à son Pneumologue. Il nous a demandé : est-ce qu’on peut l’aider à appeler son épouse pour que son Pneumologue soit présent ? À ce moment, nous avons eu une sincère préoccupation: Est-ce que M. Anicet Ekane serait interdit d’avoir accès à un médecin de son choix? C’est un droit constitutionnel. Il est allé plus loin. Il a estimé que l’hôpital dans lequel il se trouve ne serait pas à même de parvenir aux soins qu’il lui faut et il a émis aussi le vœu de se faire interner dans un hôpital assez fourni pour son cas particulier. Nous nous sommes séparés après ces échanges.
Aussi a-t-il insisté que nous puissions porter son cas particulier auprès des autorités de la gendarmerie afin qu’il puisse avoir des échanges confidentiels non pas seulement avec ses avocats, mais aussi avec ses intimes, notamment sa femme. »
Serge Aimé BIKOI










