Le Palais des Congrès de Yaoundé s’est transformé, ce 21 avril 2026, en un laboratoire géant de la coopération Sud-Sud. Avec le lancement du Feipal, le Cameroun ne cherche plus seulement des clients, mais des complices de croissance. Entre samba, tango et transfert de technologie, analyse d’un virage industriel qui se veut historique.
On connaissait la diplomatie du grand large, voici venu le temps de la proximité climatique. Depuis ce matin, Yaoundé accueille la première édition du Forum économique international pour l’import-substitution (Feipal). L’enjeu est de sortir enfin du cercle vicieux des importations massives pour entrer dans l’ère du « Produit au Cameroun », avec l’aide d’un parrain inattendu : l’Amérique latine.

Le « Quintuor » de l’espoir
Pourquoi le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay, la Colombie et le Chili ? La réponse tient en un mot : adaptabilité. Contrairement aux modèles rigides venus du Nord, ces cinq nations partagent avec le Cameroun des terres fertiles et des défis structurels similaires.
L’idée du gouvernement est limpide : copier les recettes qui ont permis à l’Argentine de devenir un grenier mondial ou au Brésil de transformer ses PME en géants industriels. Ici, on ne parle pas d’aide au développement, mais de transfert de savoir-faire. On veut les machines, les semences, et surtout, le manuel d’utilisation.
L’import-substitution : De la théorie à l’usine
Soyons lucides : l’import-substitution est le mot à la mode dans les ministères depuis des années, mais les chiffres, eux, sont têtus. Le cacao et le café partent toujours bruts, et le blé étranger continue de dicter le prix du pain à Douala.

Le Feipal 2026 se veut être l’électrochoc pour :
L’agro-industrie de seconde génération : Ne plus exporter la sueur de nos planteurs, mais la valeur ajoutée de nos usines.
La souveraineté alimentaire : Réduire une facture d’importation qui siphonne nos devises.
Le boost des PME : Permettre au tissu local de s’arrimer aux standards technologiques latinos.
L’heure de vérité : Le terrain, rien que le terrain
Si l’ambiance au Palais des Congrès est au beau fixe, le milieu des affaires camerounais garde les pieds sur terre. Signer des mémorandums d’entente (MoU) est une chose, faire tourner des machines en est une autre.
Pour que ce « mariage de raison » avec l’Amérique latine porte ses fruits, le Cameroun doit affronter ses propres vieux démons :
L’énergie : Une usine sans électricité stable n’est qu’un hangar coûteux.
Le crédit : Des financements à des taux qui n’asphyxient pas les entrepreneurs.
La logistique : Des routes et des ports fluides pour acheminer la production.

L’œil de Glob’Media
Le Feipal 2026 est plus qu’un forum, c’est un miroir. En regardant vers le Brésil ou le Chili, le Cameroun voit ce qu’il est capable de devenir s’il transforme ses slogans en actes concrets. La coopération Sud-Sud n’est plus une option romantique, c’est une nécessité stratégique. Le pari est lancé. Rendez-vous le 23 avril pour le bilan des signatures, et dans deux ans pour compter les cheminées d’usines.
Par Franck Régis Kamegne (Glob’Media)
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