Cameroun : Champion de la dette, absent de l’industrie… Où est passé le cap ?

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« Absent du top 10 des puissances industrielles africaines, absent du top 2000 des meilleures universités mondiales, mais en pole position dès qu’il s’agit d’endettement. » Le constat, brut et sans concession, posé récemment par l’économiste Edmond Kuate sur le plateau de l’émission Canal Presse sur Canal 2 International, agit comme un électrochoc. Il met en lumière le grand écart entre le potentiel théorique du Cameroun et la réalité de ses indicateurs de gouvernance financière.

Pour les observateurs de l’économie sous-régionale, ce triple constat n’est pas seulement une alerte statistique, c’est une crise d’orientation. Comment la « locomotive de la CEMAC », riche de sa diversité agricole, de son sous-sol et de son capital humain, se retrouve-t-elle si souvent reléguée au second plan des palmarès du développement, pour basculer en tête des classements de la vulnérabilité financière ?

Le piège de la dette sans contrepartie industrielle

Le cœur de la préoccupation réside dans la nature même de la dette camerounaise. L’endettement en soi n’est pas un vice économique ; il devient un levier lorsqu’il finance l’appareil productif, modernise les infrastructures de transport ou densifie le réseau énergétique pour stimuler l’industrie. Or, l’absence du Cameroun dans les classements des nations les plus industrialisées d’Afrique démontre un retour sur investissement insuffisant des fonds empruntés.

Plus inquiétant encore, les soupçons récurrents de dettes non consolidées ou « dissimulées » (notamment via les entreprises publiques) altèrent la transparence budgétaire et sapent la confiance des partenaires financiers. Le risque est double : hériter d’un fardeau financier pour les générations futures sans avoir construit la base industrielle capable de générer les recettes pour le rembourser.

Le déficit d’innovation et le rôle des universités

Le lien entre le déclassement académique (l’absence des universités camerounaises dans le top 2000 mondial) et la stagnation industrielle est direct. Une industrie moderne ne peut prospérer sans une recherche scientifique connectée aux réalités du marché, sans laboratoires de pointe et sans une formation d’ingénieurs alignée sur les standards internationaux. L’économie de la connaissance est le carburant de l’industrie d’aujourd’hui. Tant que le système universitaire restera déconnecté de l’appareil productif, le pays dépendra de technologies importées, creusant davantage son déficit commercial.

L’appel à un « Think Tank » et à un pilotage stratégique

Face à cette trajectoire, le cri du cœur d’Edmond Kuate résonne comme un appel à la rupture : « On a besoin d’un think tank. On a besoin d’un capitaine dans ce bateau qui nous dise, dans le cas où nous aurions dévié du cap, comment le retrouver et le fixer à nouveau. »

Cette proposition met le doigt sur un manque crucial : l’absence d’une cellule de veille stratégique indépendante et d’un pilotage économique à long terme. Pour redresser la barre, le Cameroun ne peut plus se contenter d’une gestion au jour le jour des équilibres macroéconomiques imposés par les programmes d’ajustement extérieurs.

Il devient impératif de :

Restaurer la transparence totale sur les engagements financiers de l’État pour stopper la spirale du surendettement passif.

Réorienter massivement les financements vers des secteurs à forte valeur ajoutée (transformation locale des matières premières, agropole industrialisé).

Créer une synergie institutionnelle entre l’État, le secteur privé et le monde universitaire pour planifier l’émergence réelle, et non plus simplement textuelle.

Le Cameroun a les moyens de ses ambitions, mais il lui manque la boussole. Pour ne plus être « abonné absent » des listes positives, le pays doit d’urgence réhabiliter la culture du résultat et de la responsabilité managériale au sommet de l’État. Le navire Cameroun a besoin d’un cap clair, et le secteur économique attend de voir le capitaine tenir fermement la barre.

Franck Régis Kamegne (Glob’Media)

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