Rachat de Chococam : Vent de révolte et d’incertitude chez les salariés

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Face au désengagement du sud-africain Tiger Brands au profit de Minkama Capital, les employés du géant de la confiserie fustigent le manque de transparence, le gel des réponses syndicales et la remise en cause de leurs acquis sociaux.

L’un des fleurons de l’agroalimentaire camerounais traverse une zone de fortes turbulences sociales. Alors que le groupe sud-africain Tiger Brands s’apprête à céder la totalité de ses parts majoritaires (74,69%) dans la Chocolaterie Confiserie Camerounaise (Chococam) au fonds d’investissement Minkama Capital soutenu par BGFIBank, le climat au sein des usines et des bureaux de l’entreprise s’est nettement dégradé. Entre craintes de compressions d’effectifs et contestations sur la gestion des avantages sociaux, le personnel monte au créneau.

Un blackout d’information dénoncé par le personnel

Au cœur de la colère des travailleurs, figure une opacité quasi totale autour des conditions de cette transition capitalistique. Les délégués du personnel affirment n’avoir été associés à aucune étape décisive du processus. Aucune session formelle d’information ni consultation préalable n’a été organisée par la direction générale pour détailler les intentions réelles du repreneur ou présenter un plan de maintien des emplois.

Ce manque de communication institutionnelle alimente un sentiment de vulnérabilité croissant, d’autant que l’entreprise a enregistré une vague de départs non négligeable ces derniers mois.

Retraites et fonds sociaux : le point de rupture

Outre le flou lié à l’arrivée de Minkama Capital, c’est la gestion interne des acquis sociaux qui cristallise les tensions : Centralisation des fonds sociaux : Les ressources habituellement allouées aux œuvres sociales et à la mutuelle des travailleurs seraient désormais directement gérées par la direction générale, réduisant l’autonomie et l’accès des salariés aux aides de solidarité. Non-versement de la retraite complémentaire : La contestation porte principalement sur la part patronale de la retraite complémentaire. Normalement acquise dès trois ans d’ancienneté en cas de départ non fautif, la contribution de l’employeur serait arbitrairement retenue dans plusieurs cas récents.

Sourd oreille de la direction et échec des médiations

Face à cette impasse, le corps social s’est structuré. Un projet de protocole d’accord, visant à sécuriser juridiquement les acquis sociaux avant la finalisation de la vente, a été transmis aux dirigeants locaux et aux émissaires du groupe Tiger Brands lors de leur passage au Cameroun en avril dernier. À ce jour, ce document est resté lettre morte. Les démarches entreprises auprès de l’Inspection du Travail et du ministère de tutelle n’ont pas non plus permis d’amorcer un dialogue constructif, laissant les délégués face à un mur de silence.

Un test de responsabilité sociale pour la zone CEMAC

Le dossier Chococam franchit désormais les limites d’un simple conflit d’entreprise pour devenir un cas d’école sur la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) dans la sous-région CEMAC. Les salariés rappellent que la valorisation de la marque repose avant tout sur l’expertise d’un capital humain mobilisé depuis plusieurs décennies.

Alors que la conclusion définitive du rachat approche, les employés maintiennent leur pression et appellent les pouvoirs publics, le cédant et le futur acquéreur à ouvrir en urgence des négociations directes pour préserver la paix sociale.

Rayan Sofo (Glob’Media)

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