À l’occasion de la Journée mondiale de l’aide humanitaire célébrée ce 19 août 2026, le Système des Nations unies et les ONG ont fait le point sur la situation financière et sécuritaire au Cameroun. Les données révèlent une situation alarmante : seuls 26 % des fonds requis sont aujourd’hui disponibles pour secourir 2,9 millions de personnes en détresse.
Des chiffres bien en deçà des attentes pour une crise pourtant majeure. Réunis au siège de l’UNICEF à Yaoundé dans le cadre d’un Café média, les acteurs de la réponse humanitaire au Cameroun ont dressé un bilan sombre de leurs capacités d’intervention pour l’année 2026.
Selon le Dr Issa Sanogo, Coordonnateur résident des Nations unies au Cameroun, le déficit budgétaire menace directement les populations les plus vulnérables. « Aujourd’hui, pour l’année 2026, seulement 26% des besoins financiers sont atteints pour la réponse humanitaire », a-t-il révélé. Un sous-financement dramatique qui impacte directement le quotidien de millions d’individus. « Ces 2,9 millions de personnes ne sont pas que des chiffres. Ce sont des enfants, des femmes, des hommes, des jeunes, des personnes vivant avec un handicap, des déplacés internes, des réfugiés ainsi que les populations hôtes qui les accueillent », a rappelé le diplomate onusien.
Routes impraticables et violences des groupes armés
Au-delà de la disette financière, le travail sur le terrain relève quotidiennement du parcours du combattant. Antoinette Chibi, Directrice pays de l’organisation International Rescue Committee (IRC), pointe du doigt l’impact de la météo et surtout l’insécurité grandissante.
En cette saison des pluies, l’état désastreux des infrastructures rend de nombreuses routes impraticables. À cela s’ajoute la menace permanente des groupes armés non étatiques. « Nous, acteurs humanitaires, devons constamment renégocier l’accès. On a eu des convois de nos collègues arrêtés et mobilisés pendant des heures par des groupes armés qui nous imposent des taxes », explique-t-elle. Cette insécurité paye un lourd tribut humain à l’échelle mondiale. En 2025, le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) a recensé 907 travailleurs humanitaires tués, enlevés ou blessés, dont 350 morts (principalement à Gaza et au Soudan). Face à cette escalade, le Dr Issa Sanogo a réitéré que la protection des humanitaires est une obligation légale et morale : « Toute attaque contre les civils et les acteurs humanitaires est condamnée par le droit international ».
La localisation de l’aide comme lueur d’espoir
Malgré ces contraintes majeures, le Système des Nations unies entrevoit une issue durable à travers la « transition humanitaire ». Ce concept vise à transférer progressivement la gestion des crises aux acteurs nationaux et locaux. « La transition humanitaire au Cameroun est en action. L’idéal est de faire en sorte qu’elle soit appropriée par les autorités nationales, les communautés et la société civile locale pour que ceux qui sont au plus près des populations puissent être les premiers à répondre aux besoins », a conclu le Coordonnateur humanitaire. Une autonomisation nécessaire pour garantir l’efficacité des secours à l’avenir.
Johan Adoumou (Glob’Media)










