Obtenir un doctorat est en principe le couronnement d’un parcours académique d’excellence. Au Cameroun, il s’apparente désormais trop souvent au début d’un long parcours du combattant marqué par le chômage, la précarité et le sentiment d’abandon. Face à ce constat amer, le Dr Etienne Segnou, titulaire d’un Ph.D. en sociologie politique et se présentant lui-même sous le titre poignant de « docteur-chômeur », remet le débat sur la table à travers une initiative inédite.
Dans une correspondance administrative transmise le 26 août dernier à Yaoundé, adressée au président de la République Paul Biya avec copie au Premier ministre et au ministre de l’Enseignement supérieur, l’enseignant-chercheur basé à Douala a formulé une proposition concrète : la création par décret présidentiel d’un véritable statut du docteur au Cameroun.
Quinze ans de dysfonctionnements décriés
Cette démarche s’inscrit dans la continuité de plusieurs relances effectuées au cours de l’année écoulée. L’auteur y dresse un bilan critique de la situation prévalant dans les universités d’État. En ligne de mire : l’accumulation de la dette académique et la gestion des processus de recrutement des enseignants du supérieur, illustrées notamment par des contestations récurrentes lors des différentes vagues des campagnes spéciales de recrutement.
Pour le requérant, les défaillances du système ont progressivement relégué toute une frange de diplômés de haut niveau dans une forme d’insécurité sociale inacceptable au vu des sacrifices consentis. « De nombreux docteurs font face à ces problèmes dont les conséquences essentielles sont le chômage et la précarité pour des citoyens qui ont pourtant consacré presque toute leur vie aux études », souligne-t-il dans son document.
Un cadre juridique pour protéger le diplôme suprême
Plutôt que de se limiter à la contestation passive, le Dr Segnou s’appuie sur les prérogatives constitutionnelles pour proposer une esquisse de solution normative. La proposition de décret jointe à son recours vise à conférer aux titulaires du doctorat une reconnaissance juridique et professionnelle claire, apte à sécuriser leurs parcours et à garantir la transparence dans l’accès aux carrières universitaires et administratives. Le dossier transmis à la Présidence s’accompagne d’un état des lieux détaillé répertoriant les irrégularités observées lors des six vagues du recrutement spécial des docteurs. En se déclarant disponible pour apporter de plus amples éclaircissements techniques auprès des services gouvernementaux, le sociologue espère ouvrir un dialogue constructif. Il reste désormais à savoir quelle suite les autorités gouvernementales et la chancellerie des ordres académiques réserveront à ce projet d’encadrement juridique, à l’heure où la valorisation du capital humain demeure un enjeu clé pour le développement du pays.

Panisse Istral Fotso















