Manioc et riz : l’urgence de transformer davantage pour réduire les pertes

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La transformation locale au cœur des solutions. C’est l’enjeu de l’atelier de restitution des analyses des chaînes de valeur manioc et riz au Cameroun, financées par l’Union Européenne, qui s’est achevé le 30 septembre 2026 à Yaoundé.

Comment réduire les 40 % de pertes post-récolte dans la filière manioc

Commanditées entre janvier et mai 2026 par la Délégation de l’Union Européenne au Cameroun, ces deux études s’appuient sur la méthodologie VCA4D (Value Chain Analysis for Development). L’objectif est d’identifier les leviers d’investissement pour un développement durable et inclusif de ces deux filières stratégiques pour la sécurité alimentaire. Menées sur la base de faits, de chiffres et de rencontres de terrain avec l’ensemble des acteurs, ces analyses ont permis de dresser un état des lieux factuel, mettant en lumière les blocages et les opportunités. Pour le manioc, le diagnostic est sans appel : les pertes constituent le maillon faible.

« Il y a plus de 40 % de pertes entre le moment de la récolte et la consommation finale des produits dérivés du manioc qu’on peut consommer sur les marchés nationaux », constate-t-elle.

Selon Dr Doriane Descley, agroéconomiste, chef de mission pour l’analyse de la chaîne de valeur du manioc, cette déperdition est le principal goulot d’étranglement.

L’étude révèle également le poids central des femmes dans la filière.

« Il y a entre 60 et 80 % de femmes qui sont actrices dans la chaîne de valeur, surtout au niveau aussi de la transformation », précise la chef de mission.

Un point de vigilance toutefois : la modernisation du maillon transformation ne doit pas se faire au détriment de l’inclusion.

« Il faut arriver à mesurer les choses et à ne pas aller trop vite dans des décisions qui pourraient finalement être moins inclusives que ce qu’on aurait voulu », souligne le Dr Doriane Descley.

Autre enjeu majeur identifié, la valorisation de la farine panifiable de manioc comme alternative à la farine de blé importée, une option plus avantageuse pour l’économie nationale.

Pour le riz, la chaîne de valeur apparaît paradoxale et fortement dépendante de l’extérieur.

« Le Cameroun, du point de vue du riz, pèse à peu près 700 000 à 800 000 tonnes de consommation. Or, du point de vue de la production, on est entre 300 000 et 400 000 tonnes de paddy. Mais au niveau de la transformation, on ne fait même pas 50 % pour la consommation locale. Le gros du paddy produit au Cameroun va dans les pays voisins, particulièrement au Nigeria. On a donc constaté que malgré le fait que le Cameroun produise quand même à peu près 300 000 à 400 000 tonnes, la chaîne de valeur reste encore extravertie, alimentée par les filières d’importation », a déclaré Pr Hervé Tchekote, professeur de géographie, enseignant à l’Université de Dschang, chef de mission sur la chaîne de valeur riz et expert national sur la chaîne de valeur manioc.

Le Pr Tchekote relève un second contraste frappant concernant les flux transfrontaliers :

« L’autre contraste, pendant qu’on a l’impression qu’on a besoin de riz au Cameroun, le pays réexporte du riz importé. On a retrouvé à peu près 200 000 à 300 000 tonnes de riz qui vont dans les pays voisins contre un peu moins de 20 000 tonnes de riz blanc transformé sur place et qui alimente principalement le Tchad à travers les marchés de Maga et de Yagoua qui sont frontaliers du Cameroun dans le grand bassin de production de l’Extrême-Nord. »

Face à ces constats, la Délégation de l’UE entend orienter ses futurs appuis. Pour Steven Peedell, responsable pour les questions de durabilité à la Délégation de l’UE, les priorités sont désormais claires :

« Ces analyses ont été faites. Ça va nous donner des éléments sur comment améliorer ces chaînes de valeur : quels appuis sont prioritaires ; qu’est-ce que nous devons financer ; où il faut chercher les autres investissements dans le secteur. Traiter des questions prioritaires comme l’accès à l’énergie, réduction des pertes post-récolte. On a eu des chiffres assez intéressants et importants et ces deux chaînes de valeur sont vraiment au cœur de l’alimentation des ménages camerounais. » Des recommandations fortes ont ainsi été formulées pour structurer durablement les deux filières.

« Il faut agir sur la transformation »

Pr Hervé Tchekote, chef de mission sur la chaîne de valeur riz et expert national sur la chaîne de valeur manioc. L’étude que nous avons faite propose un certain nombre d’axes stratégiques sur lesquels il faudrait travailler. D’abord, il faut développer le maillon de transformation. Si on a un riz transformé de qualité, on est certain que ce riz-là va aller dans les ménages.

Une petite anecdote : dans un village de Garoua, les producteurs nous ont confié qu’ils vendent leur paddy pour aller acheter le riz importé. Parce qu’ils pensent que du point de vue du goût, il y a une différence. Or, cette différence se trouve essentiellement au niveau de la transformation.

Il faut agir sur la transformation. Il faut mettre en place un certain mécanisme de gouvernance de la chaîne de valeur de façon générale, qui va faire en sorte que le riz camerounais n’aille plus non transformé à l’étranger.

C’est vrai qu’on salue déjà les actions du gouvernement camerounais sur l’interdiction de l’exportation. Mais il y a des réseaux informels d’exportation qui continuent à alimenter les marchés du Nigeria parce qu’il y a une question de parité entre le franc CFA et le naira, avec ce marché qui attire.

D’ailleurs, et de l’autre côté de la frontière, il y a des mécanismes de transformation beaucoup plus modernes qui ont été mis en place. Nous avons proposé aussi qu’on aille vers un partenariat public-privé fort dans le domaine du riz.

On a par exemple la SEMRY et la UNVDA, deux grosses entreprises qui sont financées par l’État du Cameroun pour accompagner la chaîne de valeur dans un certain nombre de bassins de production. Mais, qui sont en dessous de leur capacité d’encadrement et de mise en route de la filière.

Un appui du secteur privé à ces entreprises-là, ça fait partie d’ailleurs de l’une des recommandations fortes que nous avons formulées.

Nestor Kamga (Glob’Media)

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