Signe des temps ! Ou plutôt, fin des temps. L’ambiance électrique qui siffle aux oreilles de Yaoundé me rappelle furieusement « Le Crépuscule des Crapules », ce vieux film de karaté chinois que notre bande de gamins allait savourer sur les banquettes du « cinéma tout confort La Menoua ». Sauf qu’aujourd’hui, les coups de pied circulaires se distribuent en veston-cravate dans les couloirs feutrés du palais d’Etoudi, sur fond d’apocalypse biblique et du « grand soir » à la Jean Robert Wafo. Les cascades sont moins souples, mais les trahisons font tout autant de bruit.
Le dernier épisode de ce vaudeville étatique ? Un chef-d’œuvre de piraterie administrative : l’irruption mystérieuse dans les studios de la Crtv d’un authentique faux-vrai décret présidentiel nommant un vice-président. Livré en main propre par un curieux quidam mais apparemment serein, le parchemin a bien failli s’imposer au très sacré et très écouté journal de 17 heures. Le sel de l’histoire ? Ce faux parfait copiait au millimètre près l’ordre de référence hyper-confidentiel des courriers d’Etoudi. Un coup d’Etat de salon, mijoté par des sorciers internes s’essayant à la haute magie noire bureaucratique. Que mijote-t-on donc dans la vieille marmite du Renouveau ? Le ragoût commence sérieusement à sentir le roussi.
Pendant que la cale du navire prend l’eau, on jette des os à ronger au peuple. On s’écharpe sur des futilités, on consacre les influenceurs du vide, pour exceller dans le hors-sujet et distraire les masses. Je me souviens que lorsque l’on demanda à Anton Tchekhov ce qui caractérisait les sociétés en déclin, il répondit : « Si tu vois des sujets futiles dominer les discussions et les esprits médiocres occuper le devant de la scène, alors sache que tu es face à une société profondément défaillante. » Pour sa part, le Dr. Ali Al-Wardi affirmait : « Observe ceux que la société érige en modèles, et tu comprendras la direction qu’elle prend et le destin qui l’attend. » Suivez attentivement mon regard numérique…
Heureusement, le Camerounais, philosophe malgré lui, a tout condensé dans son jargon 2.0. On ignore le jour et l’heure de l’apocalypse biblique. D’accord ! Mais on sait une chose : « si ce n’est pas un matin, ce sera un soir ». Soyons patients. Quelle que soit la longueur de la nuit, le jour finit toujours par tomber. Même après quarante-quatre ans de sursis. Le seul problème avec la patience populaire, c’est qu’elle a parfois la fâcheuse manie de s’épuiser juste avant l’aube.
PONE Pierre-Marie










