Affaire des 44 tonnes d’or disparues : Jean-Michel Nintcheu accule le ministre des Mines

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Dans une série de questions orales percutantes, le député de l’opposition dénonce un « pillage macro-économique orchestré » vers Dubaï, évalue le préjudice à plus de 2 000 milliards de FCFA et exige des comptes sur les concessions minières opaques accordées aux investisseurs étrangers.

Le Palais de verre de Ngoa-Ekellé a vibré au rythme d’une charge parlementaire d’une rare violence. L’honorable Jean-Michel Nintcheu a frontalement interpellé le ministre des Mines, de l’Industrie et du Développement Technologique (Minmidt) sur ce qu’il qualifie de « braquage des caisses publiques ». Au cœur du scandale : l’évaporation systémique de l’or camerounais vers les Émirats arabes unis, sur fond de soupçons de complicités au plus haut sommet de l’État.

Le grand écart des chiffres de la honte

S’appuyant sur des données de la Société nationale des mines (Sonamines), le député brosse le tableau d’une faillite totale des contrôles frontaliers. Entre 2021 et 2025, pas moins de 44 tonnes d’or auraient quitté clandestinement le sous-sol camerounais pour Dubaï.

Le Grand Oral du député met en lumière un paradoxe institutionnel saisissant : Pendant que la douane camerounaise n’enregistrait que 22,3 kg d’or sortis officiellement du territoire,

Les autorités douanières de Dubaï en officialisaient 15,2 tonnes en provenance du Cameroun.

Pour Jean-Michel Nintcheu, le diagnostic est sans appel : il ne s’agit plus d’une simple fraude, mais d’une « défaillance absolue et abyssale de l’appareil d’État » face à un réseau criminel hautement organisé.

Un manque à gagner de 2 000 milliards de FCFA

« L’or n’est pas une simple marchandise. C’est l’actif refuge par excellence de tout pays en matière de réserves de change. » Hon. Jean-Michel Nintcheu

Au cours actuel du marché international, où le kilo d’or franchit la barre des 78 millions de FCFA, la fortune évaporée donne le tournis : plus de 2 000 milliards de FCFA (et jusqu’à 4 486 milliards selon d’autres sources documentées comme daracameroon.com, soit 51 % du budget de l’État pour l’exercice 2026).

Dans une anaphore ciblée, le parlementaire a listé ce que ce « trésor perdu » aurait pu financer : le désenclavement de tous les bassins agricoles du pays, la gratuité et le financement des bourses universitaires, le bitumage des grands axes routiers (Ring Road, Yaoundé-Douala, Douala-Bafoussam, Ngaoundéré-Maroua), ou encore la construction de milliers de salles de classe et d’hôpitaux de pointe à l’instar de celui de Bertoua. Une ironie tragique alors que le ministère des Finances se voit contraint de contracter des prêts à taux non concessionnels sur les marchés internationaux.

Des soupçons de « Cartel » au cœur du pouvoir

L’estocade politique a été portée lorsque le député a rappelé la longévité de l’actuel ministre au sein de ce département ministériel, d’abord comme Secrétaire d’État dès 2007, puis comme chef de département. « On peut sérieusement et légitimement se demander si vous n’êtes pas vous-même membre actif de ce Cartel », a lancé l’élu de la nation, s’interrogeant sur l’absence de commissions rogatoires internationales vers Dubaï pour démanteler ces réseaux.

Outre le trafic d’or, le ministre a été sommé de s’expliquer sur l’opacité foncière entourant le domaine minier. Le Cameroun aurait concédé 4 millions d’hectares de terres (soit 8,5 % du territoire national) à des intérêts étrangers, dont plus de 105 000 hectares à la Chine, sans que la représentation nationale n’en connaisse la localisation exacte, la nature des minerais exploités, ni la durée des concessions.

Alors que le ministère des Mines se refuse pour l’instant à tout commentaire officiel détaillé, cette sortie parlementaire sonne comme un pavé dans la mare. Pour Jean-Michel Nintcheu, l’Histoire jugera, et les complicités tapies dans l’ombre finiront par rendre des comptes. L’affaire ne fait que commencer.

P I F (Glob’Media)

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