Devant le Tribunal militaire ce mardi 14 juillet 2026, le 34e témoin de l’accusation a retracé les liens et les responsabilités présumées de l’ancien patron de la DGRE, de son second Justin Danwe et de l’homme d’affaires Jean Pierre Amougou Belinga. Des révélations explosives que la défense qualifie déjà de « parjure » et de « ragots de réseaux sociaux ».

Le procès sur l’assassinat du journaliste Martinez Zogo a franchi un nouveau palier d’intensité ce mardi 14 juillet 2026 au Tribunal militaire de Yaoundé. Membre clé de la Commission d’enquête mixte à l’époque des faits, le Colonel Jean Pierre Otoulou, Commandant la Légion de gendarmerie du Centre, s’est avancé à la barre comme 34e témoin du ministère public. Pendant plusieurs heures, l’officier supérieur a méthodiquement démonté les lignes de défense des principaux accusés, établissant un lien direct entre Léopold Maxime Eko Eko, Justin Danwe et Jean Pierre Amougou Belinga.

Le « piège » d’Eko Eko et les aveux de Danwe
Selon le Colonel Otoulou, c’est l’ancien Directeur général de la Direction générale de la Recherche extérieure (DGRE), Léopold Maxime Eko Eko, qui a lui-même orienté les soupçons vers son adjoint et l’homme d’affaires. Interrogé lors de l’enquête préliminaire, Eko Eko aurait lancé aux enquêteurs : « Vous me dérangez pourquoi ? Allez demander à monsieur Amougou Belinga et au colonel Danwe ce qu’ils ont fait. » Pour le témoin, cette formule montre sans ambiguïté que le patron du renseignement savait ce qui se tramait.
Le Colonel Otoulou a également fait état d’un enregistrement audio fourni par Eko Eko lui-même pour prouver la proximité entre Danwe et Amougou Belinga. Mais à l’écoute, l’homme d’affaires y affirmait en retour que « Eko Eko est sa personne », installant un climat de suspicion généralisée entre les chefs de la DGRE.
De son côté, le Lieutenant-Colonel Justin Danwe a rapidement chargé son supérieur pour justifier ses actes : « Je l’ai fait pour faire plaisir à mon chef. Il est au courant de toute opération », aurait-il confié aux enquêteurs.

Les 500 000 FCFA de la planification
Le témoignage est devenu encore plus précis concernant le rôle de Jean Pierre Amougou Belinga. Le Colonel Otoulou a décrit le moment de bascule où, lors d’une confrontation directe organisée dans la soirée, le patron de Vision 4 a admis que Danwe était « son ami » et qu’il l’aidait à obtenir des marchés. Face à cette concession, Danwe a modifié sa version pour avouer la planification de l’assassinat de l’animateur d’Amplitude FM.
D’après le récit du témoin, Danwe s’était rendu chez Amougou Belinga au Complexe de la BEAC pour solliciter une aide financière. L’homme d’affaires lui aurait alors demandé de « faire taire Martinez Zogo » en lui remettant une première somme de 500 000 francs CFA pour lancer l’opération. Plusieurs autres rencontres physiques à l’immeuble Ekang, accompagnées de remises d’argent, auraient suivi jusqu’au lendemain du meurtre. Le Colonel Otoulou a précisé que ces rendez-vous avaient été corroborés par l’exploitation des images de vidéosurveillance.
La défense contre-attaque et dénonce des contradictions
Ces accusations ont provoqué une vive réaction des conseils de la défense, qui dénoncent un revirement complet du témoin.
Pour Me Jean Pierre Buyle, avocat de Léopold Maxime Eko Eko, le Colonel Otoulou se contredit de manière flagrante : « Nous constatons que sa déclaration vis-à-vis de M. Eko Eko est tout à fait contraire à celle qu’il signait dans son rapport d’enquête préliminaire », soutient-il, évoquant un véritable « parjure » puisque le rapport de l’enquête mixte concluait que son client ne savait rien de l’affaire.
La riposte est tout aussi cinglante du côté de la défense d’Amougou Belinga. Me Charles Tchoungang a fustigé la méthode de l’enquêteur : « Ce Monsieur a laissé tous les juristes de ce pays pantois. Il dit que tout ce qui l’a inspiré dans ce dossier, c’est ce qu’il lisait dans les réseaux sociaux », a-t-il lancé, remettant en cause la rigueur professionnelle du témoin.

Le tribunal a renvoyé l’audience aux 3 et 4 août 2026 pour la poursuite des débats, étape durant laquelle la défense tentera de fragiliser le témoignage du Colonel Otoulou lors de la phase de cross-examination.
Faustin Kamgue (Glob’Media)









