Affaire Martinez Zogo : Les dessous de l’enquête mis à nu devant le tribunal

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Entre révélations sur un téléphone clé dissimulé et contestation des conditions d’audition des accusés, la prestation du lieutenant-colonel Dieudonné Bialo à la barre le 15 septembre 2026 a ravivé les tensions entre accusation et défense.

Le feuilleton judiciaire autour de l’assassinat du journaliste Martinez Zogo a connu une nouvelle journée électrique ce mardi 15 septembre 2026 devant le Tribunal militaire. Membre de la Commission d’enquête mixte et chef du Service central de recherches judiciaires de la Gendarmerie nationale, le lieutenant-colonel Dieudonné Bialo 35ᵉ témoin cité par le ministère public a fait face au feu roulant des questions de la défense et des parties civiles. Une audition qui a levé le voile sur les arcanes d’une enquête sous haute tension.

Le « téléphone disparu » d’Amougou Belinga

Au cœur des débats, le rôle joué par Mélissa Amougou Belinga, la troisième épouse de l’homme d’affaires Jean-Pierre Amougou Belinga (poursuivi pour complicité d’assassinat et de torture), a refait surface. Selon les révélations faites par le lieutenant-colonel Bialo, le téléphone portable de l’homme d’affaires suspecté, sur la base des déclarations du lieutenant-colonel Justin Danwe, de contenir des preuves vidéo saisissantes des derniers moments du journaliste aurait été sciemment soustrait aux investigations. L’enquête des gendarmes a permis de remonter la piste de l’appareil jusqu’à un proche d’une employée de maison du couple. C’est en insérant sa propre carte SIM dans le téléphone recherché que ce dernier a involontairement réactivé le bornage de l’appareil, permettant aux enquêteurs de remonter la chaîne jusqu’à Mélissa Amougou Belinga, qui l’avait confié à la ménagère. Pour Me Félicité Zeifman, avocate des ayants droit de la victime, la démarche ne fait aucun doute : il s’agit d’une entrave caractérisée à la justice. « Ce numéro a été distrait par l’épouse Mélissa Amougou Belinga. C’est une infraction (…), la dissimulation d’une pièce très importante qui aurait pu aider à la manifestation de la vérité », a-t-elle martelé, appelant le ministère public à ouvrir sans délai une information judiciaire à son encontre.

La défense dénonce des vices de procédure et des subordinations

Changement de décor lors de la cross-examination conduite par Me Jacques Mbuny, conseil du lieutenant-colonel Justin Danwe (ancien directeur des opérations de la DGRE et chef présumé du commando). L’avocat est revenu à la charge sur les conditions d’audition de son client, dénonçant un environnement de pression et le manque d’assistance juridique lors de certains interrogatoires cruciaux. « L’assistance d’un avocat n’est pas un luxe. Lorsqu’on entend un officier pesé par des accusations aussi graves d’assassinat et de torture, il y a un devoir de conseil », a fustigé Me Mbuny, remettant en cause la sérénité des aveux obtenus. Face à ces attaques, le témoin Dieudonné Bialo a rétorqué que les droits prévus par l’article 116 du Code de procédure pénale avaient été dûment rappelés à l’accusé, ajoutant avec une pointe d’ironie quant à la durée des auditions que la loi prévoit « d’accorder des pauses, ce qui implique qu’elles soient préalablement demandées ». La défense a également soulevé la question des liens de promotion entre l’accusé, les juges d’instruction successifs (les magistrats Sikati et Nzie) et le témoin lui-même, suggérant une atmosphère d’interrogatoire troublée et biaisée.

Filatures et guerre des images

Sur le volet des preuves matérielles, la bataille s’est portée sur la filature de la victime avant son enlèvement. Si l’accusation s’appuie sur le croisement du bornage téléphonique du lieutenant-colonel Danwe, des témoignages et des images de vidéosurveillance montrant un véhicule Prado noir suivre la voiture de Martinez Zogo aux environs du carrefour Total Yannick, Me Mbuny a souligné l’absence de preuve directe : « Avez-vous vu, un seul instant sur ces vidéos, le véhicule du colonel Danwe ? ». Ce à quoi l’officier de gendarmerie a répondu que le véhicule en question avait été identifié a posteriori comme appartenant au commando.

Faute de temps, l’audience a été suspendue. La suite de l’examen du lieutenant-colonel Dieudonné Bialo est fixée aux 5 et 6 octobre prochains. Une reprise très attendue dans un procès où chaque détail d’enquête continue de susciter de vives empoignades judiciaires.

Johan Adoumou (Glob’Media)

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