Le coup d’envoi des obsèques de la légende des médias camerounais, Foly Dirane, a été brutalement stoppé hier matin à Yaoundé. Entre décisions de justice contradictoires et bras de fer entre la veuve et le fils, la dépouille de l’animateur reste bloquée à la morgue. Récit d’un rendez-vous manqué qui suscite l’incompréhension.

C’est un véritable « délire » pour reprendre le nom de son émission culte qui entoure l’ultime voyage de Foly Dirane. Alors que des centaines de proches, anciens collègues et admirateurs s’étaient mobilisés jeudi matin pour la levée de corps, la cérémonie n’a finalement pas eu lieu. Plusieurs heures après l’horaire officiel, la dépouille de l’illustre homme de médias se trouvait toujours à la morgue de l’Hôpital Général de Yaoundé. En cause ? Une profonde discorde familiale doublée d’un coup de théâtre administratif.
Un duel juridico-administratif au sommet
Au cœur de cette paralysie, un conflit ouvert oppose Eric Steve Tafen, le fils du défunt, à Tatiana Tafen Dirane, sa veuve. Pourtant, le Tribunal de Première Instance de Yaoundé-Ekounou avait tenté de trancher la question en désignant le fils comme organisateur principal des funérailles, et la veuve comme co-organisatrice. Mais ce fragile équilibre a volé en éclats mercredi soir : Le coup de sifflet du Sous-préfet : L’autorité administrative de l’arrondissement de Yaoundé V a annulé le récépissé de déclaration de manifestation publique qui autorisait les cérémonies. Le blocage à la morgue : Ayant elle-même déposé le corps, la veuve aurait demandé le scellé de la dépouille. Face au risque de troubles, la direction de l’hôpital a choisi la prudence en gardant le corps au frais. « Notre belle-mère nous a dit qu’elle scelle le corps. Je ne sais pas pourquoi. Nous ne voulons rien forcer, nous voulons que tout se déroule bien (…) C’est elle qui avait déposé le corps, je comprends la position de l’hôpital qui préfère le garder pour éviter les plaintes », a confié Eric Steve Tafen à notre reporter.
Le deuil se fera-t-il sans le corps ?
Pour les enfants de l’animateur, pas question de renoncer à honorer la mémoire de leur père, qui était également un notable respecté. Si la situation reste bloquée à Yaoundé, la famille prévoit de se rendre directement à l’Ouest. « Si nous ne pouvons pas entrer en possession de ce corps, nous irons à Bangoulap faire le deuil de notre père comme c’était prévu », prévient le fils du défunt.
Le programme initial (désormais menacé) : Vendredi 12 juin : Départ du cortège funèbre vers la région de l’Ouest, direction le village Bounkeu par Bangoulap.

Samedi 13 juin (11h30) : Inhumation de Nsob Tafen Veyreton Adrien (Foly Dirane) sur la terre de ses ancêtres, dans la stricte intimité familiale.
L’indignation du public et du monde des médias
Sur les réseaux sociaux comme dans le paysage audiovisuel camerounais, c’est la consternation. Les internautes et les professionnels des médias regrettent amèrement que la mémoire d’une figure aussi emblématique, qui a bercé des générations de Camerounais, soit aujourd’hui ternie par des querelles de succession et des procédures administratives.
À l’heure où nous publions, le statu quo demeure. Le public, lui, espère encore un compromis de dernière minute pour que Foly Dirane reçoive enfin l’hommage digne et serein qu’il mérite.
Franck Régis Kamegne (Glob’Media)









