Tirée par la forme étincelante des filiales du groupe Compagnie Fruitière, la filière affiche une santé de fer. À l’inverse, l’agro-industriel public CDC accuse toujours le coup des séquelles de la crise anglophone.
Le secteur agro-industriel camerounais enregistre un premier semestre 2026 particulièrement fructueux sur le marché international de la banane. Selon les données officielles compilées par l’Association bananière du Cameroun (Assobacam), le volume global des cargaisons expédiées à l’étranger a culminé à 122 001 tonnes entre janvier et juin 2026.
Comparée aux 100 564 tonnes acheminées au cours du premier semestre 2025, cette performance traduit une hausse substantielle de 21 437 tonnes en valeur absolue, soit une progression remarquable de 17,6% en valeur relative. Une dynamique commerciale qui confirme la trajectoire ascendante d’une filière stratégique pour la balance commerciale nationale.
L’hégémonie de la Compagnie
Fruitière Sans surprise, cette expansion des volumes à l’exportation reste très largement portée par le géant français Compagnie fruitière de Marseille, qui confirme sa domination sans partage sur le secteur à travers ses filiales locales.
Le leader incontesté du marché, la société des Plantations du haut Penja (PHP), a vu ses expéditions bondir de 18% (+15 410 tonnes). À fin juin 2026, la PHP totalise à elle seule 86 267 tonnes exportées, contre 70 857 tonnes au premier semestre 2025. Mais la performance la plus impressionnante provient de la Compagnie des bananes de Mondoni (CDBM), seconde filiale du groupe français. Celle-ci affiche un bond spectaculaire de 36,1% de ses ventes internationales, passant de 9 336 tonnes à fin juin 2025 à 14 621 tonnes au cours des six premiers mois de 2026 (+5 285 tonnes).
Au-delà de la bonne tenue des rendements agricoles, l’envolée des performances du groupe marseillais s’explique par le rachat opérant en octobre 2025 des actifs agricoles de Boh Plantations Plc. Cet ancien 4ᵉ opérateur de la filière avait exporté 5 592 tonnes au premier semestre 2025 avant son intégration.
La CDC toujours engluée dans la crise
À l’opposé du dynamisme des acteurs privés, le géant public Cameroon Development Corporation (CDC) peine à retrouver son rythme de croisière. Deuxième employeur du pays après l’État, l’agro-industriel public n’a exporté que 21 113 tonnes de bananes au premier semestre 2026.
Bien qu’en légère progression de 3,5% (+742 tonnes par rapport aux 20 371 tonnes du H1 2025), la situation reste précaire. Le seul mois de juin 2026 s’est soldé par une contraction sévère, avec seulement 3 085 tonnes expédiées, signant son plus faible niveau mensuel depuis le début de l’année. Ces contre-performances récurrentes découlent de la crise socio-politique qui sévit dans les régions anglophones depuis fin 2016. Les exactions et revendications séparatistes ont contraint la CDC à paralyser de nombreux sites d’exploitation (bananes, hévéa, palmiers à huile) dans le Sud-Ouest, entraînant une accumulation de pertes qui pèse lourdement sur ses finances.
Une manne financière majeure pour le Cameroun
Malgré les fragilités du secteur public, l’essor porté par le privé consolide le rôle de la banane comme l’un des principaux pourvoyeurs de devises pour le pays. Selon l’Institut national de la statistique (INS), les ventes de ce fruit à l’international avaient généré 67,7 milliards de FCFA de recettes en 2025 (en hausse spectaculaire de 84,7%). Les chiffres de ce premier semestre 2026 présagent une nouvelle année record pour la balance commerciale nationale et le Trésor public.
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