Il aura fallu que la justice s’en mêle pour que le scandale de l’or camerounais cesse d’être un secret de polichinelle. Selon Jeune Afrique, Oswald Baboké, directeur adjoint du Cabinet civil de la Présidence depuis 2018 et l’un des hommes les plus influents de l’entourage du chef de l’État, a été convoqué par le Tribunal Criminel Spécial pour être entendu sur des suspicions de trafic dans la filière aurifère.

Quelques jours avant, le 30 juin 2026, son épouse Crescence Baboké avait rompu le silence sur les réseaux sociaux pour dénoncer une « campagne de désinformation » mais parmi les accusations qu’elle énumérait elle-même figurait précisément le trafic d’or vers Dubaï.
Que l’on croie ou non à l’innocence de tel ou tel protagoniste, un fait demeure : ce n’est pas la première fois qu’un nom placé tout en haut de l’État se retrouve associé, dans la presse comme dans les procédures judiciaires, à la question de notre or. Et ce n’est sans doute pas un hasard si le président de la République a dû ordonner, le 23 février 2026, la création d’une commission d’enquête mixte associant la Gendarmerie nationale. Quand le pouvoir est contraint d’enquêter sur lui-même, c’est que le système qu’il a laissé prospérer ne peut plus être nié.
Derrière les noms, il y a des chiffres qui ne mentent pas. En 2023, le Cameroun a officiellement déclaré 22,3 kilogrammes d’or exportés. Dans le même temps, les Émirats arabes unis affirment avoir reçu 15,2 tonnes d’or d’origine camerounaise près de 600 fois plus. Cet écart, révélé par le rapport ITIE Cameroun 2023, représente un manque à gagner fiscal estimé à 165 milliards de FCFA, et une valeur totale détournée sur cinq ans dépassant 2 000 milliards de FCFA.

Comment un tel pillage est-il possible ? Par une architecture bien huilée : des permis accordés à des réseaux proches du pouvoir, une absence de contrôle aux points de collecte, et des circuits qui font transiter notre or par des pays voisins avant qu’il ne rejoigne Dubaï, où il est refondu et où, légalement, toute trace de son origine réelle s’efface. Le Cameroun n’est pas seul : le Togo, le Rwanda, l’Ouganda ou le Tchad exportent vers les Émirats des volumes sans rapport avec leur propre production, preuve qu’ils servent de points de passage pour l’or extrait ailleurs en Afrique.
Les Émirats arabes unis sont au cœur de ce système. Selon SWISSAID, ils ont importé 748 tonnes d’or africain en 2024, en hausse de 18% sur un an plus de la moitié de leurs importations totales d’or. Sur la décennie 2012-2022, 2 569 tonnes d’or non déclarées ont quitté l’Afrique pour Dubaï, soit plus de 115 milliards de dollars envolés. Cet or repart ensuite, légalement raffiné, vers la Suisse, l’Inde ou la Turquie. La Suisse à elle seule en a importé 316 tonnes depuis Dubaï sur les neuf premiers mois de 2025.

Et pendant ce temps, où sont nos réserves ?
Les grandes puissances savent compter leur or : les États-Unis en détiennent 8133 tonnes, l’Allemagne 3 350, l’Italie 2 451, la France 2 400 le fruit d’une doctrine d’État : accumuler, déclarer, sécuriser. Le Cameroun, lui, possède de véritables gisements et n’a canalisé vers son Trésor public que 1 500 kilogrammes d’or depuis l’indépendance, pendant que ceux censés le protéger sont interrogés par la justice pour l’avoir détourné.
D’autres pays africains ont montré la voie. Le Ghana a créé le GoldBod, doté depuis 2025 du monopole d’achat et d’exportation de l’or artisanal, et a adopté en février 2026 une loi votée par son Parlement obligeant l’or industriel à rejoindre les réserves nationales sous contrôle gouvernemental et parlementaire. Le Zimbabwe a adossé sa monnaie, le ZiG, à un panier d’or et de devises, faisant passer ses réserves de 1,5 à plus de 4 tonnes en un an. La Tanzanie, qui n’achetait plus d’or depuis 2002, en a accumulé 27,5 tonnes en moins de trois ans.
Le Cameroun a bien créé la Sonamines en 2020, avec l’ambition d’acheter 6 tonnes d’or par an pour un « stock stratégique » à la BEAC. Une première cargaison de 500 kg a été déposée en 2023, un événement présenté comme historique, ce qui en dit long sur le retard accumulé. La Loi de Finances 2026 a désigné la CDEC gardienne du stock souverain. Mais sans contrôle parlementaire réel, sans transparence publique sur les volumes détenus, ces dispositifs restent des coquilles administratives.

Ce que propose le MRC
Une loi-cadre sur la constitution d’une réserve d’or souveraine, avec des objectifs chiffrés publics et un rapport annuel obligatoire devant l’Assemblée nationale. La publication systématique de tous les permis miniers et de leurs bénéficiaires effectifs. Un contrôle parlementaire renforcé sur la Sonamines, avec audition annuelle obligatoire des dirigeants. Une coopération régionale pour tracer notre or jusqu’à sa destination finale, via la ZLECAf et le PAPSS d’Afreximbank. Une obligation légale de reddition de comptes pour les entreprises détentrices de permis, avec sanctions immédiates en cas d’écarts constatés entre production déclarée et flux réels.
Un pays qui ignore combien d’or dort dans son sous-sol, combien en sort chaque année, et qui en profite jusque dans les plus hautes sphères de l’État n’est pas souverain sur ses propres richesses. Le MRC portera cette bataille au Parlement : celle d’un Cameroun qui compte son or, le protège, et le fait enfin travailler pour son peuple, et non pour des comptoirs étrangers ou des réseaux occultes.
Par Tiriane Noah, 2e Vice-présidente du MRC















